Di sak na pou di

Lettre ouverte au ministre des Affaires étrangères

Témoignages.re / 5 octobre 2013

Ayant été destinataire de notre « Manifeste pour la promotion d’une culture démocratique avec les citoyens de Madagascar », vous connaissez notre « Association pour la Démocratie locale à La Réunion et dans l’océan Indien » qui construit progressivement avec toutes les Communautés des différents pays de la zone une « Commission alternative et citoyenne de l’océan Indien », en articulation avec la COI.

C’est à ce titre que nous souhaitons comprendre les raisons qui vous ont poussé, malgré l’égalité évidente de compétences existantes dans notre île, à choisir un Ambassadeur métropolitain pour notre coopération régionale, à la différence des autres DOM, et contradictoirement avec d’autres affirmations d’ordre gouvernemental.

Ayant contribué en tant que citoyens au projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale, nous avions insisté sur le respect du principe de subsidiarité. Dans sa lettre de réponse à nos propositions (25 juillet 2013), Monsieur Olivier Dussopt, rapporteur de la Commission des Lois, nous reprécise que ce principe est affirmé dans l’article 1er A du texte, qui stipule « que les collectivités s’administrent librement et ont vocation à prendre les décisions pour l’ensemble des compétences qui peuvent le mieux être mises en œuvre à leur échelon ». Les citoyens réunionnais qui défendent au jour le jour leur droit légitime à ce que, à compétences égales, la préférence leur soit donnée dans l’accès à l’emploi souhaitent connaître vos motivations quant au choix contre nature qui nous est imposé, sauf secret d’État en la matière. Ce serait mal vous connaître de croire que la seule proximité amicale puisse être le motif essentiel.

Y aurait-il un début de réponse dans la conférence récente de l’ancien Ministre Hubert Védrine à l’Université de La Réunion ? Après avoir précisé que notre île « n’est pas un DOM quelconque » de par sa situation géographique notamment ouverte sur l’Afrique, il ajoute cette phrase qui mériterait une analyse de texte : « les valeurs et les intérêts sont liés ; on ne peut pas les opposer pour rester crédibles sur la scène internationale ».

Seraient-ce, au-delà des valeurs, et sans l’affirmer explicitement, les seuls intérêts économiques de la France dans l’océan Indien qui auraient justifié ce choix, comme jadis celui de Monsieur Sarkozy pour la nomination d’un « Commissaire au développement endogène » ? Ou alors le gouvernement profite-t-il du fumeux alinéa 5 inscrit dans notre constitution à l’article 73, sortant La Réunion de ses droits à l’adaptation des lois de la République, pour garder notre mise sous tutelle ?

Sauf quelques exceptions, l’ensemble de la classe politique réunionnaise, relayée par deux propositions de loi constitutionnelle présentées par plusieurs de nos députés et notre sénateur Paul Vergès, appelle sa suppression, et donc l’ouverture d’un référendum, comme nous l’avait précisé Monsieur le Président de la République avant son élection.

Ce serait l’occasion unique d’atteindre l’objectif du Séminaire de Conforte/Adelroi tenu à Dos d’Ane en 2009 sur : « la décolonisation des esprits et des pratiques ». Les citoyens conscients et organisés n’entendent plus être laissés dans l’ignorance, ni entraînés dans les clivages politiciens du passé. Nous serions là pour les décoder et les dénoncer, si jamais ils réapparaissaient.
Nous vous remercions de remédier, par votre réponse, au nuage d’incompréhension qui demeure ici.

 Pour l’ADELROI,
Daisy et Bernard Mondon
 


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