Di sak na pou di

Lettre ouverte au Président et aux chefs d’États de la COI

Témoignages.re / 22 juillet 2014

Monsieur le Président de la République Française et Messieurs les chefs d’Etats et de gouvernement des pays du Sud-Ouest de l’Océan Indien,
Excellences, Vous allez, lors du 4èmè Sommet de la COI, le 26 juillet, vous retrouver à Moroni, aux Comores, pour donner une nouvelle impulsion à l’organisation régionale que vos prédécesseurs ont eu l’heureuse initiative de lancer il y a plus de trente ans. C’est sur cette base d’une génération d’expérience et d’actions diverses que vous allez pouvoir vous appuyer en vue de faire franchir une nouvelle étape à l’organisation que vous présidez aujourd’hui. Pour le signifier à vous-mêmes et à l’opinion publique, la « Commission de l’Océan Indien » se transformera, selon vos vœux, en « Communauté de l’Océan Indien », en invoquant notre commune « indianocéanité », « socle et tremplin de notre devenir », pour reprendre une expression du Secrétaire général de la COI, M. Jean-Claude de l’Estrac..

Le passage à l’idée de « communauté » est le bienvenu, car le mot de communauté, cum-munus, évoque à la fois la mise en commun et ce qu’on exploite et partage ensemble. L’idée d’enraciner plus fortement la nouvelle communauté dans notre identité indianocéanique commune l’est doublement, car elle ramène le projet politique indianocéanien vers les citoyens et les peuples de la région, tout en lui donnant une épaisseur éthique et une profondeur historique.

Cette démarche est la bonne, car pour l’heure la COI est une institution intergouvernementale mal connue de nos populations. La construction de la « Communauté de l’Océan Indien » doit aller de pair avec le renforcement de sa légitimité démocratique. Il faut donc « éviter que le processus reste au niveau des seuls décideurs institutionnels, et mettre la population au centre du développement durable, en se recentrant sur l’identité de notre région indianocéanique », déclarait tout récemment le professeur Jeannot Ramiaramanana, de l’université d’Antananarivo (1). Mieux, il faut impérativement impliquer les populations de nos îles dans ce processus. « Un avenir à bâtir ensemble », est d’ailleurs le thème même de ce Sommet.

Pour que cet avenir à bâtir ensemble soit approprié par tous, il convient de mettre en œuvre des mesures concrètes Des propositions intéressantes ont été faites lors d’un Colloque organisé par la COI à l’Ile Maurice, en juin 2013, notamment : une télévision régionale de la COI ; des études indianocéaniques dès le Secondaire dans toutes nos îles ; des stages à nos ressortissants dans chacune de nos îles ; la co-création culturelle et des spectacles qui tournent, etc. etc. Mais toutes ces mesures risquent d’être inefficaces si parallèlement le caractère dissymétrique des relations entre les iles ne cesse de s’accentuer, si la réciprocité n’existe pas dans les accords, si tous les habitants de nos îles ne sont pas traités de la même manière.

C’est hélas notre situation actuelle ! Cette situation, vous la connaissez bien et elle ne va pas dans le sens de vos discours d’ouverture empreints d’humanisme et dans le sens des discours tenus actuellement sur notre « indianocéanité », « socle et tremplin de notre devenir ». Elle est surtout contraire à notre histoire indianocéanique et ses valeurs.

Citoyen de cette zone du Sud-Ouest de l’Océan-indien et attaché à cet espace riche d’une histoire, à la fois de détresse et de fertilité interculturelle, je me permets humblement de vous inviter à prendre les mesures concrètes qui s’imposent pour favoriser la libre circulation des personnes par le biais d’une citoyenneté indianocéanique (2) et impliquer nos populations dans la construction de cet « avenir à bâtir ensemble » : « une indianocéanie des peuples », pour reprendre une autre expression du Secrétaire général de la COI. Sans participation citoyenne, il n’y aura pas d’intégration régionale porteuse d’espoir.

Reynolds MICHEL


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