Di sak na pou di

Lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle en visite à l’Ile de La Réunion

Témoignages.re / 24 mars 2012

Des citoyens conscients et organisés au sein de l’Association pour la Démocratie Locale à La Réunion et dans l’Océan Indien (ADELROI) ont tiré, comme tant d’autres associations, mouvements et personnalités locales, les leçons des évènements qui ont secoué notre île le mois dernier. Les traces visibles étant presque effacées, il ne vous reste plus qu’à chercher « l’invisible pour les yeux » (Saint Exupéry) au-delà des statistiques nécrologiques qui vous ont été fournies par vos experts.
Inutile donc de vous lister les problèmes. Par contre, de plus en plus de citoyens, lettrés ou illettrés, jeunes ou vieux, ont « détaké » la langue pour dévoiler la face cachée de l’iceberg à cause de laquelle les bateaux se perdent corps et biens.
Cette conscientisation s’affirme depuis plus de 10 ans. Notre association avec tant d’autres peut vous prouver que la peur est derrière nous
« Il faut que le peuple puisse décider lui-même des choses essentielles », disait déjà Jean Jacques Rousseau dans le “Contrat social”. Répondez-vous oui ou non à cette question ?
Ce n’est pas d’aujourd’hui que le peuple réunionnais s’est indigné et qu’il a résisté (nous avons célébré comme il convient l’année d’Élie, celle de la révolte des esclaves de Saint-Leu).
Il n’y a pas d’autre alternative à la révolte que la démocratie, et nous espérons que vous ne resterez pas insensibles au récent sondage révélant que 65% d’un échantillon représentatif de Réunionnais (e)s de plus de 15 ans ne fait confiance à aucun candidat à la présidentielle : 65% qui estiment que vous n’écoutez pas, que vous n’entendez pas et que vous ne comprenez pas l’essentiel, que des « sans voix » ont du mal à formuler.
Certes, des réformes sont attendues, et vous ne manquerez pas de faire des « promesses » dont personne n’est dupe, mais celles-ci ne peuvent être crédibles que si vous répondez à la question posée depuis des décennies, et largement développée lors du Colloque organisé à Paris le 27 septembre 1996 pour le 50e anniversaire de la départementalisation, la loi du 19 mars 1946 ayant aboli le statut de colonie de La Réunion.
Le rapporteur final (Fred Constant, professeur des Universités) soulignait « le paradoxe d’une forme originale de décolonisation par intégration, dans laquelle la sortie du système colonial se traduit par un renforcement de la dépendance vis-à-vis de l’État postcolonisateur. (C’est) la tragédie du bien commun qu’il faudra bien conjurer un jour ».
Le jour est arrivé pour chacun de vous, de répondre à la question suivante avant le passage des citoyens dans l’isoloir : quels droits civils et politiques êtes-vous prêts à négocier pour l’île de La Réunion dans son environnement de l’Océan Indien ? Afin de sortir du dialogue de sourds entre élus et citoyens, reconnaissez-vous et encouragez-vous l’existence d’un pouvoir citoyen retrouvant sa force collective (en particulier avec les jeunes qui sont notre avenir) et sa capacité créative et productive ?
Autrement dit, dites-nous comment vous concevez la décentralisation encore inachevée trente ans après son lancement. La Réunion est prête à expérimenter son modèle de gouvernance au profit de la France entière.
Et cela n’a rien à voir avec un développement dit « endogène » subitement découvert comme une panacée, quand le système est à bout de souffle, et que le relatif échec de bien des politiques publiques est patent.
Quant au processus de conscientisation du peuple réunionnais déjà en marche, et afin de renouer les fils de la transmission depuis la famille jusqu’au sommet de l’État, c’est notre affaire réunionnaise, à la condition que vous ne veniez pas dépeupler le milieu enseignant, celui de l’éducation populaire, ainsi que celle de la formation humaine, à tous les âges de la vie.
Merci de votre attention et de votre réponse avant le 22 avril prochain.

Association pour la Démocratie Locale à La Réunion et dans l’Océan Indien (ADELROI) et le Cercle Philosophique Réunionnais


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