Di sak na pou di

Lettre ouverte aux membres du Sommet d’Istanbul sur la misère du monde

Courrier des lecteurs de Témoignages / 24 mai 2016

« Penser global agir local » dit-on souvent. Mais qui aujourd’hui est capable d’appréhender notre humanité, notre Monde, notre Société, de manière globale ? Les choses sont devenues très compliquées et derrière le stress de chacun de nous dans la vie quotidienne, se cachent des mécanismes complexes et confus qui occultent certaines vérités et bien des enjeux. Comment comprendre, comment porter un jugement global et objectif lorsque notre conscience est noyée par mille informations parasites ?

Notre planète de 7 milliards d’humains, comporte au moins 3 milliards de personnes qui meurent de faim, qui ne mangent pas à leur faim ou qui ont des difficultés insurmontables pour vivre décemment et de manière civilisée (dénuement total, pas d’accès à l’eau potable, pas d’hygiène, pas d’énergie, pas de moyens pour sortir de la misère).

A côté de ceux-là, pas loin de 3 milliards de personnes sont obèses, suralimentées et souvent noyées dans le superflu ou même le luxe. Ce mélange est bien-sûr explosif mais personne n’en parle.

Cette situation déjà catastrophique, s’améliore-t-elle ? Non. Chaque année, les graves inégalités du Monde se creusent et menacent de plus en plus la paix. Les migrations des pauvres vers un monde meilleur sont devenues incontrôlables. Le terrorisme et la colère des laissés pour compte s’amplifie comme s’amplifie le gaspillage alimentaire des riches. La mainmise sur les ressources naturelles de notre planète est totale. Leur distribution ne concerne que ceux qui ont les moyens de payer.

Au lieu d’être conservées pour les générations futures, les ressources fossiles et donc limitées du Monde (charbon, pétrole, uranium, etc.) font l’objet d’une spéculation politique et économique scandaleuse. Ce qui est le plus révoltant, c’est que nos connaissances des hommes et du Monde augmentent, c’est que nous savons comment mieux administrer, gérer, manager notre planète (nous appliquons déjà ces méthodes pour mieux manager nos entreprises) mais, malgré la pléthore d’organismes internationaux dont c’est la charge, nous sommes incapables de faire régner sur notre propre planète, un peu plus d’humanité et de justice.

Même à titre d’essais, sur un petit territoire de bientôt 1 million d’habitants, seulement, comme l’ile de La Réunion où les problèmes de société restent à taille humaine, sont plus visibles et maîtrisables, nous ne le faisons pas. Pourquoi ?

Les flux de biens, de monnaies et de services étant mondialisés, il ne faut plus se contenter d’agir local, il faut aujourd’hui une action globale si l’on veut éviter l’augmentation des désordres et la dégradation d’une situation mondiale qui devient explosive.

Arnold Jaccoud – Psychosociologue et François Maugis – ex animateur régional en qualité industrielle


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