Di sak na pou di

Ma réaction au décès de M. Chu Fu-shiang

Ary Yée Chong Tchi Kan / 28 décembre 2015

Le 14 novembre, je publiais un courrier à la suite de la poignée de main médiatique entre Xi Jinping, président de la République Populaire de Chine et Ma Yin-jeou, président de la République de Chine (Taïwan) qui a eu lieu à Singapour le 7 novembre. J’avançais l’idée que la réconciliation chinoise est en bonne voie, par conséquent, les Réunionnais ne doivent plus se diviser en suivant l’un des deux camps, mais consacrer leurs efforts au service de La Réunion, au renforcement de la fraternité réunionnaise. Je saisis l’opportunité du décès de M. Chu Fu-shiang et, surtout l’absence de reconnaissance publique à son égard, pour illustrer mon hypothèse.

Cet homme, ancien commerçant très connu à Saint-Benoit, était un fervent soutien de la réconciliation chinoise. Il était une référence pour ici et là-bas. Pendant longtemps, il assumait une sorte de diplomatie populaire, en particulier dans la période tendue où la position du gouvernement français virait à l’hystérie anti-communiste. De ce fait, il était constamment inquiété par les policiers des renseignements généraux.

Très discret et généreux, il a accompagné toutes les actions visant à renforcer les liens entre La Réunion et la Chine. C’est ainsi qu’il y a 30 ans, il avait remis au PCR une pétition des associations culturelles réunionnaises qui réclamaient l’installation d’un Consulat de Chine. Cette revendication a été portée au plus haut niveau décisionnaire, à Beijing, par une délégation du PCR qui était invitée par le Parti Communiste Chinois pour des échanges d’analyses politiques, après une absence de relation durant 20 ans. C’était en novembre 1985.

A cette époque, M. Hu Yao-bang, chef du PCC et Président de la Chine, avait la lourde tâche d’appliquer les décisions du grand tournant historique opéré par la direction de son parti en 1978, une expérience inédite, 11 ans avant la fin de la guerre froide. Par exemple, la zone économique spéciale de Shenzhen n’était encore qu’un concept. Ce village de pêcheurs compte aujourd’hui 14 millions d’habitants. Ici, à La Réunion, nous rêvions de rétablir un système ferroviaire qui n’est toujours pas réalisé ! Les dirigeants actuels de la Chine viennent de consacrer un “symposium” à l’œuvre de ce visionnaire, à l’occasion du centenaire de sa naissance.

La décennie qui suivit cette rencontre au sommet entre les partis chinois et réunionnais a donné lieu à de nombreuses initiatives issues de canaux différents, mais qui ont toutes convergé vers l’ouverture officielle du Consulat de Chine, à Saint-Denis. Le Conseil régional, sous la présidence de Paul Vergès, avait accompagné et facilité son installation, en 2009. Apparemment les Réunionnais en sont satisfaits puisque, selon le volume de visas traités, notre Consulat est classé deuxième sur 7 établissements répartis sur l’ensemble français.

Il reste à faire l’inventaire du nombre de délégations officielles que M. Chu Fu Shiang a reçues et le nombre d’initiatives dont il a honoré de sa présence ; nous serions surpris du rôle essentiel tenu par cet homme si humble et discret.

J’écris ce billet pour que personne n’oublie la contribution décisive de M. Chu à l’ouverture de La Réunion vers la Chine, surtout que de nombreux Chinois sont morts à La Réunion, sans avoir pu revoir une seule fois leurs parents. En ce sens, cet homme est l’exemple de quelqu’un qui a œuvré pour La Réunion et les Réunionnais, pour que vive la fraternité réunionnaise. Nous devrions lui en être très reconnaissants.

Ary Yée-Chong-Tchi-Kan, Fondation Fraternité Réunionnaise


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