Di sak na pou di

Marche pour l’égalité et la légalité

Témoignages.re / 13 août 2012

Dans les semaines qui viennent, nous avons pris la décision de mettre en place une marche pour l’égalité et la légalité. Afin d’éclairer tout un chacun sur nos motivations, nous désirons préciser les raisons qui nous ont incités à la mise en place d’une telle manifestation.
Notre démarche a pour but de faire reculer les idées véhiculées par bon nombre de médias, de politiques ou encore d’extrémistes religieux, et de repréciser les réalités de notre quotidien.
Concernant le mariage « gay » ou encore mariage « homo », l’appellation elle-même nous semble déplacée, car dans l’esprit de non-concitoyens, elle sème la confusion par son manque de précision.

Parle-t-on d’un mariage « hétéro » ?
Les homosexuels ne sont pas homosexuels, ils sont aussi homosexuels, comme d’autres sont hétérosexuels. L’homosexualité n’est pas ce qui nous caractérise, pas plus que l’hétérosexualité est ce qui caractérise le commun. Dans le mariage, il n’est fait aucune référence à l’hétérosexualité... Quand nous parlons de mariage, nous parlons de mariage républicain, issu de la société laïque. Ce mariage n’a rien à voir avec la(les) religion(s). L’État est laïc depuis 1905, donc exempté de toutes considérations religieuses sur le sujet. Que chacune des confessions religieuses s’occupe de spiritualité, et laisse l’État légiférer, et tenir ses engagements vis-à-vis de ceux qui l’ont élu démocratiquement.
Quand nous parlons de mariage, nous parlons d’un acte devant l’État, nous parlons de la reconnaissance par l’État de situation de vie au quotidien, de la reconnaissance d’une volonté d’une mise en commun de projets de deux personnes.

Le mariage est une des valeurs de notre société, en donner l’accès aux personnes LGBT, ce n’est pas le vider de son sens, nos projets de vie ne sont pas plus ou moins respectables que ceux des couples dits « normaux » (entendez par là normalisés).
Au-delà de cette reconnaissance, ce qui motive notre soutien vis-à-vis de ce projet de loi, c’est sa dimension égalitaire, ce n’est pour nous qu’une manière de légaliser notre existence en termes de couple.
Même si le PACS nous donne un accès partiel à cette reconnaissance, cette reconnaissance qui reste partielle est donc discriminante, et bien plus discriminante du fait d’être acté au tribunal et non en mairie. Nous ne sommes pas des citoyens de seconde catégorie concernant l’impôt, nous ne voyons pas pourquoi nous le serions dans ce qui concerne nos droits.
Il n’y a pas de mariage « gay », il n’y a qu’un mariage laïc, reconnaissant le projet de vie de deux personnes, sans liens familiaux et sans considération sur leur orientation sexuelle.
L’égalité, c’est le droit de choisir le mariage (ou non) comme projet de vie, c’est créditer ce projet aux yeux de la société, c’est reconnaitre notre existence et non la tolérer.

Concernant l’adoption, là aussi, il est bon de faire un état des lieux avant d’en dire quoi que ce soit. Ce n’est pas parce que l’adoption sera ouverte aux couples de même sexe que la notion de famille dans la société française va être déboulonnée.

Des familles homoparentales, il y en a déjà

Des adoptions par des couples gays, il y en a, l’adoption étant ouverte aux célibataires.
Il serait hypocrite de se voiler la face, que la loi sur le mariage ou l’adoption soit « adoptée » ou non, les couples continueront à adopter en tant que « célibataires ». Mais que penser d’une société qui se refuse à donner un cadre juridique à des situations qui sont « douteuses » ?.
Etre contre le fait de légiférer sur l’adoption, c’est fermer les yeux sur des situations compliquées ou absurdes, sur des souffrances.
Sans loi, c’est pousser la population LGBT à des méthodes peu orthodoxes, la « coopération » entre couples gays et lesbiens, l’insémination artificielle (en Belgique), l’achat d’enfant dans des pays peu regardant.
Légiférer, c’est prendre conscience de réalités.
On estime que 30.000 à 50.000 enfants sont élevés dans une famille homoparentale (INED), et leur « famille » est hors de tout cadre juridique. Ces familles sont comme les familles « recomposées », un parent ayant droit et un beau parent exempté de tout droit.
L’adoption, à ce jour, pour les couples LGBT donne cette configuration pour « leur famille ».

Avoir des devoirs au sein de cette société nous donne des droits et pas celui d’être tolérés

Légiférer sur l’adoption, c’est donner à ces familles deux parents égaux en droits, c’est protéger la cellule familiale qu’ils ou qu’elles constituent. C’est protéger l’enfant au sein de cette famille.
Légiférer, c’est reconnaitre notre existence bien au-delà de la considération sur notre orientation sexuelle !
Reconnaitre notre existence, c’est lutter contre le suicide des jeunes, c’est leur montrer que l’on peut être différent et accepté. Les jeunes LGBT ont de 7 à 13 fois plus de risques d’attenter à leurs jours du fait d’un "mal-être".
Si nous désirons manifester, ce n’est pas par fierté, ce n’est pas une « gay pride », c’est pour affirmer notre volonté d’exister réellement, c’est pour ne plus être tolérés, mais avoir accès aux valeurs qui font la société dans laquelle nous avons grandi.
Nous ne manifestons pas pour l’homosexualité qui ne concerne que nos vies privées, mais contre l’homophobie passive dans notre société, contre la discrimination, contre l’exclusion.
C’est pour cela que nous appelons tout un chacun qui partage nos convictions sur l’égalité et sur les besoins d’un cadre légal à nous soutenir, à manifester à nos côtés hors de toutes considérations d’orientation sexuelle, LGBTH ensemble.
Si nous manifestons, c’est pour lever notre voix contre tous ceux qui n’hésitent pas à nous porter en dérision, à jeter sur nous l’opprobre, en nous caricaturant.
« Vague des pédés », « mariage homo », « demain la polygamie », tout ce qui croise notre quotidien, et ne soyez pas dupes, blesse plus d’un d’entre nous.


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