Di sak na pou di

Mayotte : des mesures d’urgence à un projet global

Témoignages.re / 24 octobre 2011

Il y aura un mois, le 27 octobre prochain, que Mayotte connaît des troubles sociaux liés à la vie chère et à la pauvreté. Un homme y a laissé la vie. Les mesurettes proposées par le gouvernement, comme certaines atténuations de prix de produits de base, ne sont pas à la hauteur des problèmes posés. Voulant gommer à la marge les effets de situations intolérables, sans s’attaquer aux causes, elles n’auront guère plus d’efficacité qu’un cautère sur une jambe de bois.

Mayotte est un pays en transition qui passe d’un système traditionnel et colonial à un système post-industriel moderne. L’économie traditionnelle fondée sur l’agriculture et la pêche recule à grande vitesse, prolétarisant des populations nombreuses que la nouvelle économie tertiaire générée par les transferts publics ne peut intégrer. Dans un contexte de vie chère et de chômage grandissant, la majorité des Mahorais ne dispose que de très faibles revenus monétaires. Ceux qui ont un emploi font vivre de très nombreux proches, mais les salaires sont trop justes pour faire face à ce que les ethnologues appellent le « parasitisme familial ».

L’urgence commande donc de mettre en œuvre, dans les meilleurs délais, l’égalité sociale. Les Mahorais — comme nous les accueillons mal ! — ont voulu le statut de département français et y ont accédé dans le respect des lois de la République. Cette départementalisation suppose l’égalité des droits, notamment dans le domaine social. Le « pacte pour la départementalisation » imposé par le gouvernement renvoie l’égalité sociale aux calendes grecques. Tous les poncifs qui ont été avancés pour la refuser aux Réunionnais sont resservis à Mayotte, même si l’expérience a montré leur inanité. Le même salaire minimum qu’en Métropole ? C’était, nous disait-on, la ruine assurée des entreprises. Celles-ci bénéficient d’avantages financiers et fiscaux et ne se portent globalement pas trop mal. Les allocations familiales ? Elles inciteraient les femmes à faire trop d’enfants. Tous les démographes s’inscrivent en faux contre cette assertion, sans oublier la dimension de solidarité des prestations familiales avec les familles qui élèvent des enfants. Le RMI, aujourd’hui le RSA ? Il créerait une « désincitation » au travail, alors que Mayotte, comme La Réunion, sont des pays de chômage et de captation de l’emploi par des non-natifs.

Alors, réalisons à Mayotte l’égalité sociale, et vite ! Assez de tergiversations pour cause de racisme inavoué et surtout d’incidences budgétaires. Ce ne sont pas 200.000 Mahorais qui vont déséquilibrer un système conçu pour 65 millions de citoyens, et, en tout état de cause, il ne saurait y avoir deux catégories de Français.

Cependant, le coût de la vie est un vrai problème outre-mer. Il tient aux causes objectives de petits marchés essentiellement satisfaits par des importations et, pour ce qui est de Mayotte, à un désenclavement insuffisant qui l’oblige à passer par Maurice ou par La Réunion, souffrant ainsi d’une insularité au carré. Il est dû aussi aux prédateurs hérités de la colonisation, qui hier exploitaient les ressources agricoles des îles et aujourd’hui les gisements financiers de la solidarité nationale et européenne. L’État laisse faire ou se contente de mesurer le coût de la vie alors qu’il faudrait, à chaque étape de la chaîne d’approvisionnement, s’attaquer aux pratiques et aux marges abusives.

Plus globalement, face à des problèmes qui tiennent de la quadrature du cercle, il y a la nécessité d’un projet mahorais de développement durable. On peut, au gré des affectations de préfets ou des changements de majorités en Métropole, laisser les choses se faire comme en une « politique de chien crevé au fil de l’eau ». Ce système est, outre-mer, à bout de souffle. On peut aussi être plus volontariste, et au lieu de dupliquer à Mayotte ce qu’on a fait ailleurs en Outre-mer, élaborer et mettre en œuvre un projet mahorais de développement durable tenant compte de ses spécificités et traduisant la « façon mahoraise d’être français ».

Nos compatriotes mahorais sont seuls qualifiés pour définir les voies et moyens de leur avenir. Sans nous substituer à eux, nous pouvons, en tant que de besoin, les accompagner. Que nos collectivités locales se rapprochent de Mayotte ! Il nous faut mieux nous connaître pour coopérer mieux. Nous avons tant de choses à faire ensemble dans cette partie du monde.

Wilfrid Bertile,
Ancien député


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