Di sak na pou di

MCUR, Histoire : attention, danger !

Témoignages.re / 14 janvier 2010

Le 13 janvier, l’édito d’un journal local commente la polémique « historique » autour du projet de la MCUR. Françoise Vergès et Carpanin Marimoutou y sont accusés d’avoir traité Prosper d’être un « odieux révisionniste » et ils ressusciteraient un « procès stalinien à l’encontre du groupe d’historiens » qui contestent leur projet scientifique. « Prosper Eve ou Alexis Miranville ne veulent que défendre leur liberté de chercheur et l’analyse critique », écrit le journal.
Dans leur contribution au “JIR” du 11 janvier, Françoise Vergès et Carpanin Marimoutou n’accusent pas Prosper Eve d’être un révisionniste. Tout au plus peut-on leur reprocher — comme le réplique l’historien — d’avoir « charcuté ses ouvrages pour des questions de parti pris ». Quant à Alexis Miranville, les deux directeurs de la MCUR lui ont fait une réplique argumentée et circonstanciée.
Le journal aurait-il donc forcé malgré lui le trait en renversant la perspective et en faisant des dirigeants de la MCUR des « agresseurs ». Or, chronologiquement, ce sont les contradicteurs de Vergès et Carpanin qui ont “dégainé” les premiers. Le journal réclame pour Eve et Miranville la liberté de chercher et de critiquer, mais il ne peut dire en quoi celle-ci a été menacée. Par contre, il nie cette même liberté, nie une sorte de droit de réponse à Carpanin et Vergès, accusés, eux, de nourrir un procès stalinien.
Or, si on ne peut mettre en doute la qualité du travail et le niveau de réflexion de Prosper Eve, on ne peut pas dire la même chose pour Alix Miranville dont l’analyse appelle des réserves.
Il date l’interdiction du maloya à l’époque de son exaltation par le PCR, alors que sa mise à l’index remonte bien avant les années 60 et, pratiquement, depuis son introduction dans l’île.
Surtout, Miranville affirme que le marronnage est un mythe, c’est-à-dire une réalité déformée sinon exaltée. Car, explique-t-il, ce phénomène n’est décrit que dans la mémoire orale et aucun document écrit ne l’atteste. Miranville insiste sur ce point. Cette pratique de l’Histoire est contestable. Elle va à l’encontre de toute l’expérience des historiens qui prennent en considération autant documents écrits que faits rapportés oralement par la mémoire collective, mais à la condition de les réévaluer constamment et non de les dénigrer quand ils sont de source parlé. Que dirait-on si on contestait Vercingétorix sous prétexte que tous ses faits d’armes ne sont pas rapportés par écrit ? Que dirait-on si on accusait les pratiques hindouistes d’être des mythes parce que transmises oralement et non par écrit ?
Le fond du débat est que l’Histoire ne peut être univoque. Il y a des faits incontestables — comme la mise à l’index du maloya — mais les historiens comme les politiques peuvent en donner leur interprétation. Pratique sociale, « l’Histoire s’inscrit dans son époque, y joue un rôle, elle est “convoquée” quelles que soient les époques pour soutenir, accompagner ou juger les actions des Hommes ». C’est ainsi que l’Histoire de France de Michelet est un ouvrage adulé et… contesté par des historiens ! Ici, Prosper Eve a « convoqué » des faits pour démontrer que, contrairement à une opinion générale, les Réunionnais ne tournent pas le dos à la mer. Bien peu l’ont suivi, mais personne ne l’accuse de quoi que ce soit. Dans la série “C’était hier” de Vaxelaire publiée dans le “JIR”, des documents se rapportant à l’arrivée de l’Homme à La Réunion ont été produits. Rien ou presque n’est fourni sur les entrées d’esclavages. Dira-t-on alors qu’aucun esclave n’ait été introduit dans l’île ?
La Réunion doit apprendre à lire ou relire de manière contradictoire son Histoire. C’est ce qu’elle ne sait malheureusement pas encore faire.

Marius Sébastien


Kanalreunion.com