Di sak na pou di

Mesdames, Messieurs les candidats,

Lettre ouverte aux candidats et aux candidates à l’élection présidentielle

Témoignages.re / 30 mars 2012

La Réunion a été récemment le théâtre de manifestations violentes de la part d’une fraction de sa jeunesse. Ces violences urbaines ont été analysées, avec justesse, comme un cri de « mal-être » ou comme « l’expression d’une jeunesse désespérée ». Car les jeunes de nos quartiers vivent depuis des décennies dans une grande précarité sociale, économique et culturelle. C’est, comme chacun le sait, le résultat d’un chômage massif et endémique de nos jeunes. Selon l’enquête emploi 2011 de l’INSEE, le taux de chômage de nos jeunes de moins de 25 ans est de 60% contre 29,5 de la population globale active. Il était en 2009 de 51,5% contre 27,2%, en 2008, avant la crise, de 49% contre 24,5%, et, en 2004, de 56% contre 28,9% de la population globale active.
Ainsi en période de baisse de croissance (2009-2011) comme en période de forte croissance (2001 à 2008), le chômage des jeunes de moins de 25 ans demeure très élevé. Il touche non seulement les jeunes Réunionnais « non qualifiés », mais de plus en plus nos jeunes bacheliers (27%) et nos diplômés de l’enseignement supérieur (10%). En réalité, la forte croissance de l’économie réunionnaise au cours de ces dix dernières années (de 1999 à 2009) — (+3,9% de croissance annuelle contre 1,4% en France métropolitaine et une augmentation de l’emploi de 3,8 % par an selon l’Insee) —, n’a pas changé fondamentalement la donne, du fait notamment de l’impact de la croissance démographique : environ 7.200 actifs supplémentaires se présentent chaque année sur le marché de l’emploi. Bref, si La Réunion est le département français qui a enregistré la plus forte croissance entre 1999 et 2009, elle est également la région française la plus touchée par le chômage.
Aujourd’hui, de 840.000 habitants, La Réunion passera à un million en 2030. Compte tenu du taux du chômage actuel de 29, 5%, soit 102.000 chômeurs et de nouveaux emplois à créer pour faire face à l’augmentation de la population active, il nous faut créer d’ici 2030 plus de 7.500 nouveaux emplois durables chaque année si nous voulons ramener le chômage autour de 5% – taux, dit-on, incompressible. Or, l’heure n’est pas à la croissance. L’effet de la crise sera durable, nous disent les économistes. Dans cette hypothèse et selon le scénario le plus probable, la création d’emploi serait de 3.000 par an. Et, conformément à la répartition habituelle de l’emploi, seulement moins de 10% de ces emplois disponibles iraient aux jeunes de moins de 25 ans. Ils sont au nombre de 21.540 et de plus en plus touchés par le chômage de longue durée (64% depuis plus d’un an). Perspective inadmissible si on veut une société réunionnaise unie et solidaire. Déjà 50% de la population réunionnaise vivent en-dessous du seuil national de pauvreté. Et plus de 40 000 jeunes de 16-26 ans sont inscrits dans les quatre missions locales de l’île.
L’ampleur du défi est considérable.
C’est ce qui pousse notre association, Espace pour Promouvoir l’Interculturel (EPI), à vous interpeller sur la question prioritaire de l’emploi, notamment de l’emploi des jeunes. Car, nous pensons que le vivre ensemble n’est possible que dans l’égalité et l’équité, c’est-à-dire dans une société capable de garantir à tous ses membres le bien-être en réduisant au minimum les inégalités et les disparités. Bref, pour sortir de l’impasse actuelle, il nous faut une politique ambitieuse de l’emploi durable pour tous et un effort soutenu et continu d’insertion des plus vulnérables. Ceci, en vue de refuser toute démarche résignée d’assistance à leur égard.
D’où les questions que nous vous adressons :
Quelles politiques volontaristes mettrez-vous en œuvre afin d’offrir à chaque demandeur d’emploi un travail et un revenu pour vivre dans la dignité ?
Quelles politiques mettrez-vous en œuvre pour favoriser l’insertion de tous nos jeunes de moins de 25ans sur le marché du travail, notamment ceux et celles qui sont les plus éloignés parce qu’exclus depuis de quelques années ?
Comment assurer une meilleure formation à nos jeunes afin qu’ils puissent mieux se positionner dans la vie et sur le marché du travail ? La Réunion compte, comme vous le savez, plus de 110.000 illettrés.
Plus précisément :

- Seriez-vous prêts, à compétence égale, à mettre en œuvre le principe de la priorité à l’emploi des Réunionnais ?
Accepteriez-vous un investissement important de l’État pour financer une économie réunionnaise qui exporterait ses produits, services et compétences dans le bassin indian-océanique ?
Nous espérons un engagement clair de votre part sur ces problèmes.

 Pour EPI
Reynolds Michel
 


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