Di sak na pou di

Militant, tout simplement

Courrier des lecteurs de Témoignages / 22 avril 2015

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Jean-Yves Langenier 

Etonnamment, au soir du 29 mars 2015, Olivier Hoarau a déclaré sur les ondes de Réunion 1ère qu’il était nécessaire de « rendre hommage à Jean-Yves Langenier ». Est-il le mieux placé pour cela après des mois et des mois de critiques acharnées et outrancières ? À l’inverse, certains estimeront que la compagne de vie de l’ancien maire du Port n’est pas plus qualifiée, coupable par avance d’indulgence. Eh bien, je tente le coup, estimant que ma formation philosophique me donne la distance nécessaire. Et puis, chacun/e jugera.
Le parcours de Jean-Yves Langenier est assez singulier, sinon atypique. Pas le moins du monde habité par la quête passionnée d’un poste d’élu, il a cependant rempli différentes fonctions électives, consacrant temps et énergie à la population qui lui a apporté ses suffrages à plusieurs reprises.

Quelle a été donc sa motivation ? Quel a été son moteur ?
Si l’origine sociale ne détermine pas nécessairement un itinéraire, avoir grandi dans une famille portoise avec un père cheminot, avoir un frère aîné, Lucet, très tôt actif dans les manifestations de la jeunesse réunionnaise, ce sont là des éléments qui peuvent donner envie d’agir.
Aussi, étudiant en chimie à la Faculté des Sciences de Marseille au début des années 70, il entre rapidement en contact avec d’autres jeunes de son île. En particulier, il rencontre Marcel Soubou ou encore Jean-Marcel Courteaud, aujourd’hui disparus, à Montpellier lors d’une réunion de l’UGTRF (Union Générale des Travailleurs Réunionnais en France). Il s’agissait de protester contre le rôle du BUMIDOM (Bureau pour le développement des migrations des DOM) créé en 1963 et pièce maîtresse de la politique coloniale d’émigration des années Debré. Suite logique, Jean-Yves Langenier militera plusieurs années à l’UGTRF.

De retour au Port en 1977, il dirige le premier foyer de jeunes travailleurs de La Réunion et poursuit sa trajectoire de militant en assurant le travail de terrain en tant que l’un des responsables de la section portoise du Parti Communiste Réunionnais. La diffusion du journal Témoignages, le samedi matin, devant le Grand marché et dans la ZUP, constituait un moment d’échange d’idées avec la population. Cet homme a la réputation de savoir écouter.
Sans avoir rien espéré ni demandé mais sans doute en raison du sérieux de son activité militante, il est en 4e position sur la liste conduite par Paul Vergès aux élections municipales de mars 1983. C’est un nouvel épisode qui s’ouvre, puisque de cette date jusqu’en 2014 – 31 ans !- il remplit progressivement diverses fonctions électives d’adjoint, maire, conseiller général et président du TCO.

Le devoir plus que le pouvoir

Mais d’être élu ne lui tourne pas la tête, il y voit plutôt l’opportunité d’une plus grande efficacité pour améliorer les conditions de vie des habitants de sa ville, de son canton et de la région ouest, sans perdre de vue l’horizon de La Réunion tout entière et, au-delà, l’océan Indien. Il a en effet été à l’initiative de la création de l’Observatoire Villes et Ports de l’océan Indien, où, en particulier, l’Afrique du Sud et Madagascar ont trouvé leur place.
L’exercice de ces responsabilités exige la lecture ardue et assidue des dossiers, ce qui convient parfaitement à cet homme sobre et discret plus attentif à résoudre les problèmes qu’à se donner en représentation. La politique, telle qu’il la conçoit est plus affaire d’engagement et même de dévouement que de valorisation de soi. C’est un homme de devoir, pas un homme de pouvoir.
Quand il annonce qu’il ne se présentera pas aux élections municipales de mars 2014, Jean-Yves Langenier est totalement sincère et fidèle à sa ligne de vie. Etre élu n’ayant jamais été son obsession et convaincu de l’intérêt du partage et de la transmission des responsabilités, il prend ses distances vis-à-vis de la gestion municipale.

Alors comment interpréter ce qu’on a appelé « le retour » lors des Départementales de mars 2015 ? Un parfum de nostalgie ? Un goût de revenez-y ? Il s’en est expliqué lui-même : à la fois écœuré par la mauvaise foi de son successeur et sollicité de façon constante, il s’est senti obligé de se présenter une fois encore à une élection. Il l’a fait, estimant qu’il le fallait.
Il ne s’agit pas ici d’analyser les causes et raisons de la non élection du binôme constitué avec Firose Gador. Il s’agit juste de souligner que, dans les réussites comme dans les échecs et face aux aléas de la vie politique, Jean-Yves Langenier a toujours respecté la cohérence du choix d’une vie militante : s’engager, là où il est, pour une Réunion debout.

Brigitte Croisier


Kanalreunion.com