Di sak na pou di

Misère de la petite bourgeoisie (suite)

Témoignages.re / 30 juin 2010

La victoire de la petite bourgeoisie sous la bannière de son chef tamponnais doit être bien comprise. C’est l’arrivée d’une classe qui s’est construite sur les transferts publics (salaires des fonctionnaires), à qui les parents ont souvent interdit de parler créole, de jouer avec des petits Kaf, pour qui les Malbar té fé le sor, qui a voulu à tout prix se démarquer de la misère, mais aussi des manières de vivre et de faire des générations précédentes. Elle a été très marquée par l’anti-communisme des années 1950 à 1970. Elle a eu très peur de « l’abandon », elle a honni la demande d’autonomie et a même été jusqu’à faire de ce terme tout à fait normal une insulte. Elle est anti-intellectuelle.
C’est la génération “Ptite fleur fanée/rougay sossis”, qui “retourne en métropole” pour les vacances, qui parle pointu, qui a peur de “l’insécurité” des kagnar, qui envie les zorey et souvent les dénigre, mais qui, pour rien au monde, ne ferait entendre sa voix dissidente. Pour qui La Réunion, c’est la cuisine de “maman”, mais certainement pas un lieu à habiter, faire vivre, faire prospérer, valoriser.
Elle est cependant différente de la bourgeoisie et petite bourgeoisie “blanche” et assimilée des années 1960. Elle se veut moins raciste, elle accepte un maloya ici et là. Elle veut être la “bonne élève” de la “métropole”, surtout pas comme ces Antillais, toujours revendicateurs ! (Elle est loin d’ailleurs d’arriver à leur cheville question réflexion ! Pas un écrivain, un intellectuel de dimension nationale ou internationale !). Elle est fière de Danyel Waro et Gilbert Pounia, qui sont “même connus au Japon !”. Elle se veut “moderne”. Elle envoie ses enfants à Singapour, New Delhi, et même en Amérique !
Elle ne veut pas se distinguer, se “faire remarquer”. Elle veut bien faire comprendre à ceux qu’elle a transformés en “Grands Blancs” (les hauts fonctionnaires, les missionnés de Paris, qui se complaisent facilement dans ce rôle) qu’elle ne fera pas de vagues ! Elle sera soumise, mais Paris doit assurer ses avantages et ses privilèges : supériorité d’être Français (mais sans avoir à se soumettre à la solidarité nationale !), salaires et retraites indexées, protection contre les “Autres” (Malgaches, Mahorais, Comoriens…), assurance de pouvoir continuer à dépendre de la “métropole”.

Collectif La Fournaise


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