Di sak na pou di

Mondialisation ou mise au pas ?

Courrier des lecteurs de Témoignages / 4 avril 2015

A-t-on identifié la mondialisation pour ce qu’elle est ?
Quand j’entends le flot de sottises déversées sur la mondialisation, je pense toujours à cette vieille, Dame qui avait bourlingué des années autour de la planète dans la confidence des maîtres du monde… C’était au lendemain des puissantes mobilisations populaires de la fin des années soixante : les universités Américaines manifestaient, idem à Rome, Paris, Berlin… (7 millions de grévistes en France)… La vieille Dame nous avait mis en garde par ces mots :

« Toutes ces mobilisations n’ont pas changé le système, on a blessé la bête sans l’achever. Et sans vous méfier, dans vos manifs, vous avez parlé d’autogestion, de “coopérativisme”, de nationalisations avec contrôle social. Vous ne vous rendiez pas compte que ces idées touchent aux privilèges, au pouvoir, à la survie même de la classe dominante. À partir d’aujourd’hui disait–elle, rentiers, capitalistes et tous leurs “collabos”, n’auront qu’un seul objectif : briser les reins des classes ouvrières du monde entier. »
Les années suivantes allaient malheureusement lui donner raison…

Ma première prise de conscience fut l’acharnement mis par Miss Thatcher pour briser les mineurs et à travers eux, mettre à genoux la classe ouvrière anglaise. Elle n’a pas hésité pour cela, à importer du charbon d’Afrique du sud extrait à ciel ouvert par des noirs soumis à l’apartheid et traités comme des esclaves… Il ne fallait pas être bien malin au début des années 70, pour comprendre que les possédants, outre les idées d’autogestion, de “coopérativisme”, etc., avaient d’autres raisons de s’inquiéter. La décolonisation et l’existence même de l’URSS avaient réduit leur terrain de chasse, c’était pour eux moins de profits. De plus, les États Unis, porte drapeau du capitalisme, étaient en train de perdre la guerre du Viêt-Nam et le peuple chilien prenait possession des mines de cuivre. Toute l’Amérique latine par effet domino pouvait suivre le même chemin…
De surcroît, certains États voulaient appliquer la charte de la Havane fondée sur le développement et la souveraineté de chaque pays. Cette Charte en appliquant des politiques de co-développement entre les pays riches et pauvres pouvait permettre à chaque citoyen du monde d’accéder à l’eau potable à la santé, l’éducation, la culture… Autrement dit une mondialisation de " l’humain d’abord ».

Dans cette option, le système capitaliste était mis en danger. Astre, chercheur canadien, écrit au début des années 1970 : « les milieux industriels se sentaient menacés par un mouvement populaire trop vigoureux. » La classe dominante et ses courtisans du monde politico-médiatique devaient renverser le rapport de force, comme ils l’exprimaient dans leurs organisations de moins en moins secrètes (Club de Bilderberg, Trilatérale…) : Samuel Hutington écrivait dans « Crisis of the démocratie » édité par la Trilatérale dont il est un des fondateurs : « Il faut en finir avec la fidélité au concept d’égalité "… " Il faut reconnaître qu’il y a des limites désirables à l’extension indéfinie de la démocratie politique " et (Madison autre penseur de la Trilatérale rajoutait : " Aujourd’hui, l’écran de la représentation (nos élus dans les assemblées) ne permet plus de canaliser " la populace »… je vous laisse méditer ! (Droite, PS, et leurs jokers du centre siègent à la Trilatérale. Mme Guigou (PS) y déclarait récemment : « il faut en finir avec la dictature des référendums »). En fait, si leurs écrits, affichent leur détermination à réduire les peuples au silence, ils dévoilent aussi leur tendon d’Achille ! Pour en savoir plus, lire la revue Manière de voir N° 72 sur « Le Nouveau capitalisme ».

C’est limpide, cette mondialisation fondée sur la concurrence et la dérégulation des échanges… n’est là que pour assurer la survie du système capitaliste, en brisant toutes les résistances du monde du travail et de la création à l’échelle de la planète. Cela n’a rien à voir avec l’évolution rapide du monde, le développement des pays émergents, le boum des sciences et des techniques, de l’information et de la communication…

Mais briser les syndicats, diminuer le poids de l’Etat, faire du libre-échange, privatiser, ce n’est pas là le cœur de la mondialisation capitaliste. Son cœur est la financiarisation de l’économie et surtout la suppression des processus institutionnels liés à la souveraineté nationale, afin de se débarrasser structurellement et sur le long terme de toute pression démocratique sur les choix économiques. (A suivre)

Didier Le Strat (Mouvement politique d’émancipation populaire)


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