Di sak na pou di

Ne pas attendre la prochaine grève pour les quelques leçons à tirer et pour une nécessaire réforme de nos états d’esprit…

Raymond Lauret / 6 mars 2015

En plus des « Une » respectives qui annoncent le même sujet, la presse de ce mercredi 4 mars, que ce soit le JIR avec l’éditorial de Yves Mont-Rouge ou Le Quotidien avec celui de Thierry Durigneux, montre combien le récent conflit de la SRPP, conflit n’a duré que six jours, aura pas mal secoué l’opinion réunionnaise.

Il est évident que nous sommes sans doute nombreux à partager l’essentiel de ce que les commentateurs de cette grève en ont dit. Et si Yves Mont-Rouge invite « ceux qui nous dirigent à ne pas seulement se contenter de la reprise du travail à la SRPP…et à surtout tirer les enseignements de ce conflit pour essayer de trouver une solution pérenne à une situation qui risque de se reproduire plus vite qu’on ne le pense », Thierry Durigneux souligne qu’il « faut considérer les responsabilités de chacun, à commencer par celle des dirigeants des compagnies pétrolières concernées. Alors que Shell avait fait un pas dès la fin de la semaine dernière, Total est resté sourd longtemps… Il aura fallu que le Préfet appelle les sièges des pétroliers pour que, enfin, les négociations commencent… ».

Je voudrais relever pour ma part que nous ne vivons aujourd’hui que les débuts d’une ère où, imposé par ceux qui ont eu ou qui ont (et auront) la responsabilité des décisions qui orientent le devenir de notre île, le choix politique du « tout-automobile » montre ce à quoi nous devons nous attendre pour demain. Le carburant est un produit cher. Et, parce que les réserves mondiales s’épuisent, il deviendra rare et donc de plus en plus cher. En dépendre pour assurer les déplacements de toutes sortes du plus grand nombre des réunionnais est synonyme de gros problèmes que nous aurons encore à connaître. La reprise du projet de Tram-Train est nécessaire, avec s’il le faut quelques corrections quant au nombre d’arrêts à l’intérieur d’une même ville.

Il importe aussi, je le crois plus que jamais, que soit amplifiée une démarche pédagogique pour inciter les citoyens à utiliser le vélo, dans sa forme mécanique ou avec assistance électrique, pour des déplacements dans la ville ou sur des distances relativement courtes. Il y a des cités en Europe qui y ont admirablement réussi. Il n’y a pas de raison que nous ne réussissions pas nous aussi et que nous ne servions pas d’exemple pour les pays de notre zone de l’Océan Indien. Nos élus devraient y réfléchir et, lors de leurs déplacements, s’y pencher.

Enfin, pour rester dans les leçons à tirer du dernier conflit, comment ne pas dénoncer l’attitude de ces sociétés qui montrent qu’avec la SRPP, elles ont pu et su faire fructifier leur capital de départ. N’ont-elles pas trouvé, quelques années après, un repreneur hautement côté ? Mais, Yves Mont-Rouge le relève : à l’heure des comptes, les employés, dont le travail a été constant tout au long de ce temps, « n’ont obtenu qu’une prime de 2 200 euros, l’équivalent d’un mois de salaire alors qu’ils en réclamaient l’équivalent de quatre ». Comment ne pas comprendre le sentiment de frustration des salariés de la SRPP ? Ne faut-il pas, dans notre petite île, appeler tout le monde à un devoir de nécessaire réforme de nos états d’esprit ?

Il y a quelques années, les élus de la Commission d’Appel d’Offres de la Région, toute appartenance politique confondue, avaient décidé qu’il convenait que la collectivité régionale n’hésite pas à retenir une petite entreprise du BTP pour tel ou tel chantier d’importance, dès lors que cette PME avait fait l’effort d’être la moins disante.
Dans notre paysage des Travaux Publics, il y a heureusement les filiales réunionnaises des grands groupes nationaux qui disposent de moyens techniques qui sécurisent mieux leurs propositions. Ce qui rend normal qu’elles soient retenues pour des ouvrages complexes. Toutes opinions confondues, la C.A.O. de la Région avait choisi de prendre le risque de donner leur chance à nos petites structures pour des travaux dont la technicité est moindre. Qui peut dire que tel ou tel carrefour sur la Route des Tamarins a été réalisé par une petite entreprise, sachant que les grands ouvrages d’art l’ont tous été par des grands du BTP ? Et je me réjouis de savoir que Dominique Fournel, aujourd’hui président de la CAO, continue à appliquer cette vision du rôle des élus, vision qui est née un jour d’une volonté de réformer les états d’esprit des uns et des autres.


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