Di sak na pou di

Ni l’indépendance ! Ni la dépendance ! Alors l’interdépendance ?

Témoignages.re / 28 avril 2011

Monsieur le Premier ministre mauricien, nous ne sommes pas des assistés, mais…

Nous avons tous besoin d’air, d’eau et de nourriture pour vivre. Nous avons aussi des besoins affectifs qui ne sont pas quantifiables. Nous pouvons être dépendants de la nourriture comme les boulimiques, des jeux, ou de substances illicites, etc. Néanmoins, pouvons-nous, en notre qualité de citoyens, devenir dépendants de quelque chose d’impalpable à notre échelle ?

Par analogie à des groupes sectaires qui créent une forme de dépendance affective intolérable sur l’Homme, sommes-nous, dans nos sociétés actuelles, dans une situation comparable avec à notre tête quelques “gourous” ? Mais cela n’arrive pas en démocratie, me direz-vous ! Réfléchissons malgré tout à notre petite situation à La Réunion :

Une population de plus de 800.000 habitants issue de tous les continents et vivant en harmonie sur cette île située dans le bassin océan Indien. De l’eau ? Il y en a à profusion. Pouvons-nous en dire de même sur la nourriture et la consommation en général ? Nous consommons de plus en plus de produits d’importation qui, pernicieusement, nous rendent de plus en plus dépendants du monde extérieur. Cette dépendance touche particulièrement les plus pauvres d’entre nous, au pouvoir d’achat en chute libre avec la crise.

Quelles peuvent être les conséquences de cette dépendance sur nos vies citoyennes ? Comme nous produisons peu, nous entretenons depuis longue date un taux de chômage remarquable. Trop d’entre nous dépendent de minima sociaux sans cesse remis en cause. Tout comme homme de la secte, le citoyen d’en bas est dépendant de celui d’en haut qui décide pour lui et sans lui.

Tel un enfant qui, pour se développer harmonieusement, doit être traité comme une personne à part entière, il en va de même pour une population. Sans ce développement harmonieux, il va se créer un lien de dépendance qui, tôt ou tard, risque d’entraîner une rupture. A La Réunion, nous avons compris qu’il faut éviter le repli communautaire, mais nous commençons aussi à comprendre que la modernisation de notre île doit laisser place à un véritable développement. Cela doit d’abord tenir compte de nos spécificités aujourd’hui galvaudées et enfermées dans des combats dépassés… Et le monde avance sans nous pendant ce temps là !

A La Réunion, le président de la République, lors de ses vœux à l’Outre-mer pour 2010, disait qu’il n’y a qu’une seule ligne rouge à ne pas franchir : celle de l’indépendance. Il ne nous a jamais dit qu’il nous fallait être dépendants. Comment alors expliquer l’article 73 de la Constitution qui ne nous reconnaît aucune spécificité, tout comme le silence de nos élus de tous bords vis-à-vis de la réforme territoriale ? Comment expliquer la nomination d’un commissaire au Développement endogène non issu de la population réunionnaise ? Vous avez dit développement endogène, messieurs ? Développement pour qui, lorsque le contre-pouvoir du citoyen est inexistant sur de tels thèmes ? Serions-nous déjà à ce point résignés à consentir inconditionnellement toutes les décisions élaborées sans nous ?

A tout accepter, nous finirons un jour par nous oublier nous-mêmes.

A quand donc l’installation à La Réunion d’une légitime interdépendance contenue dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 ? Cela évitera peut-être certaines humiliations.

Bernard Mondon


Kanalreunion.com