Di sak na pou di

Noël 2009

Témoignages.re / 26 décembre 2009

Deux mille ans après la naissance de Jésus, quelle image reste-t-il de Noël dans la mémoire des hommes ? Noël, qui a été tellement trafiqué, tellement défiguré qu’il a perdu tout son sens pour devenir une fête commerciale. Au moment où 20% de la population possèdent 80% des richesses, où 1 habitant sur 6 est condamné à mourir de faim, sommes-nous encore capables d’écouter la voix du penseur qui nous dit :
« Plus souvent qu’on ne croit, tous les jours peut-être, quelque fils de l’Esprit vient au monde entre le bœuf et l’âne. Sa mère, toute simple, et son père, un peu rustre, adorent ce petit roi qu’ils ont fait. Rien n’est plus divin sur la terre qu’un fils des siècles qui naît jeune, sans une ride sur le front, sans un nuage dans les yeux. S’il grandit entre le bœuf et l’âne, sans se mentir à lui-même, voilà l’ouvrier de justice. Voyez-le marcher sur la terre ; les choses et les hommes s’ordonnent selon leurs vrais rapports dans ses yeux, miroirs du monde.
Il n’a pas quinze ans et déjà il étonne les docteurs, et il les effraye. Un mot de lui va plus loin que leurs livres : cela vient de ce qu’il regarde les choses, tandis qu’eux ne regardent que des livres. Aussi déjà ils complotent entre eux, afin de tuer ce mauvais esprit-là. Mais en attendant, il faut bien qu’ils cèdent devant cette force juvénile, qui pense avant de parler ; car le peuple écoute. Le peuple reconnaît son fils et son roi, et lui fait des triomphes. Comme la lumière dissipe les ténèbres, ainsi le Vrai prend la place du Faux, sans lutte, par sa seule présence. Les liens d’injustice se relâchent, car ce n’est qu’un nœud d’escamoteur qui lie le travail des uns à la puissance des autres ; il s’agit seulement de voir, au lieu de craindre et d’espérer ; il faut dénouer, non secouer ; les esclaves étirent déjà leurs membres, sur leur pauvre lit ; les aveugles voient, les sourds entendent ; le paralytique va marcher ». (Alain, 26 décembre 1908) ?
Georges Benne


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