Di sak na pou di

Noël, une belle utopie à réaliser

Reynolds Michel / 29 décembre 2015

« Sans espérance, nous ne rencontrerons jamais l’inespéré » Héraclite d’Éphèse

Aujourd’hui, à vue humaine, tant de choses nous paraissent impossible à court terme ou à moyen terme dans nos vies et dans notre île : un travail et une formation à trouver ou à retrouver pour chacun ; un zéro échec scolaire et la fin de l’illettrisme dans les cinq années à venir ; plus aucun Réunionnais vivant sous le seuil de pauvreté durant cette même période, ? ils étaient à 49 % en 2008 ?, et la suppression, fin 2016, de la sur-rémunération des fonctionnaires Outre-mer ? dispositif coûteux et inadapté (plus d’un milliard de charge supplémentaire pour l’État).

Dans le déroulement des événements du monde : la signature d’un traité sur le commerce des armes ? ces armes sont responsables des 300 000 victimes de conflits armés chaque année dans le monde ?, la signature d’une durable paix en Syrie, en Irak, au Mali… ? en Syrie seulement : 150.000 victimes et 2,5 millions de réfugiés ?, la fin du conflit israélo-palestinien et l’arrêt des dérives économiques et écologiques nous paraissent également impossible à court ou à moyen terme

« Et si l’impossible devenait possible. »

La fête de Noël n’oriente-t-elle pas notre regard vers quelque chose de ce genre où l’impossible est devenue possible  : une vierge qui enfante, Dieu qui se fait homme pour que tout homme puisse devenir Dieu, la bonne nouvelle adressée et confiée aux subalternes, aux dominés, aux plus pauvres, selon les chrétiens. Né de la vierge Marie, il est devenu l’un de nous, l’un parmi les autres, pour nous aider à rendre possible l’impossible en nous transmettant sa vie. N’est-ce pas une belle utopie à réaliser qui est confiée à tous et à toutes ? Une utopie qui défatalise le désordre existant et exprime l’espérance qu’un monde de justice et de paix est possible, qu’une nouvelle société réunionnaise plus juste est possible.

En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes dira le prologue de l’Évangile selon Saint Jean ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. Cette lumière, nous est confiée. C’est la lumière de l’espérance : l’espérance qu’un monde nouveau est possible et qu’il convient, dès maintenant, de dégager les moyens adéquats qui conduisent à sa réalisation, en faisant l’inventaire des possibles non encore réalisés dans notre société.

Cette espérance questionne également nos modes de vie et nos façons d’être au monde. Elle nous invite à la lucidité et à la sobriété. Notre monde est en crise. Nous sommes arrivés à un tournant où la croissance ne permet plus d’envisager une sortie de crise durable par une simple « relance de la machine ». Seule la lumière de la lucidité et de la sobriété nous donnera les moyens de faire du neuf, tendus vers une société conviviale.

Chaque nuit de Noël s’ouvre avec cette annonce du prophète Isaïe : Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Chaque individu ou chaque peuple affronté à la misère ou à la violence, chaque individu ou chaque peuple en marche au milieu des incertitudes de ce temps de crise, se reconnait en espérance dans ces paroles d’Isaïe et espère secrètement que se lève pour lui cette lumière au milieu des ténèbres.

Et le signe de cette espérance n’a rien de merveilleux, rien d’extraordinaire : « un nouveau né emmailloté et couché dans une mangeoire ». C’est le signe qui est donné aux bergers : un nouveau-né dans toute sa fragilité et toute sa dépendance. Mais un nouveau-né, c’est une petite lumière dans la nuit, un poids d’espérance, une ouverture vers un nouveau monde possible. Noël : une petite étoile, une petite lumière, qui nous oriente vers un monde de justice et de paix si nous tissons entre nous les liens de la solidarité et de la fraternité.

« Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? – Je dis que la nuit vient et le matin aussi ».

Reynolds Michel


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