Di sak na pou di

Non à la répression, oui à un dialogue social constructif

Témoignages.re / 5 mars 2013

JPEG - 51.4 ko

Suite aux évènements de la semaine dernière dans les rues du Port, le peuple réunionnais a observé et vécu les manifestations des jeunes aux quatre coins de l’ile.

Quelles étaient leurs revendications ? Etaient-elles et sont-elles fondées ?

Non sans rappeler celles de février 2012 voire celles de 1991.

« Nou ve travay ». C’est ce qui a été véritablement le moteur de leur révolte.

Avec 60% de chômage chez les jeunes à la Réunion, les faits réels sont là et palpables, auprès de toute la population, et ce plus précisément chez les jeunes. Combien de jeunes (et moins jeunes), diplômés ou non, sont sans travail dans notre société, sans objectif, et dévalorisés par un système qui perpétue l’injustice sociale, la discrimination et l’exclusion ? Cette société qui dicte et conditionne les attitudes individualistes produit de la division et l’animosité entre les individus.

Quelles solutions reste-t-il alors à des personnes lâchement abandonnées par le système scolaire, en leur faisant croire que ces échecs leur sont exclusivement dus ?

Quelles solutions reste-t-il à des familles engluées dans la misère, poussées à se battre pour l’obtention d’ « inn ti kontra » qu’on leur fait miroiter en permanence comme seule alternative à l’éternelle souffrance de la précarité ? Des familles trop souvent jugées comme inadaptées, non conformes à cette modernité de vitrine, qui ne leur propose que l’enivrement d’un système consumériste, face à un pouvoir d’achat aussi épais qu’ « inn féy tol dann siklone » ?

Quelles solutions reste-t-il à des pères et mères de famille qui sont dépouillés de leur dignité par manque de travail ?

Tou sa dmoun i viv dans la mizér dopi dé dizén dané i kroi bann résponsab politik va travay pou zot é va artir le pouvoir dan la min bann gran patron, la grann distribision, dan la min bann zanprofitér.

Hélas, rien ne vient réparer cette injustice sociale malgré leurs promesses. Par-dessus le marché le Réunionnais qui cherche du travail est souvent dénigré dans sa culture, dans sa langue, dans sa compétence et se trouve réduit à accepter des emplois sous-qualifiés, ou pas d’emplois du tout, victime de ce chantage permanent « que c’est à prendre ou à laisser ! », « c’est mieux que rien » é nou, nou di lé pir k tout.

La plupart du temps, les entreprises font le choix d’un « moun i sort déor » pour « encadrer » les créoles sous prétexte qu’il se présente bien, qu’il parle bien français, qu’il est compétent. Ce dénigrement permanent de notre langue, de notre culture, de nos compétences et de notre savoir-faire engendre une violence symbolique qui elle, n’est pourtant jamais dénoncée, ni par les médias, ni par les responsables de l’ordre institutionnel qui se montrent trop souvent complices de ces discriminations à l’embauche. C’est pourquoi, nous pensons que la régionalisation des emplois (pour qu’il n’y ait pas d’amalgame avec les termes employés par le FN, pourquoi ne pas parler alors de préférence locale, ou d’emploi local ou de régionalisation des emplois) peut remédier à cela « à compétences égales, emploi local ! » et répondre à l’hypocrite mesure pour la mobilité. Mobilité qui n’est qu’une source destructurante de déracinement culturel, plus qu’une solution concrète.

Car, est-ce bien en terme de répression qu’il faut « panser » le malaise de ces jeunes désespérés qui patientent depuis longtemps et qui ne demandent qu’une chose : TRAVAILLER.

La société réunionnaise n’a-t-elle pas intérêt à entendre leur cri de désespoir ? Ces barrages qui stoppent la société à double vitesse, ces poubelles de l’opulence que l’on brûle, ces vitrines désespérément inaccessibles que l’on casse, n’est-ce pas autant de cris ultimes que ces jeunes nous adressent ? Faut-il répondre à la répression qu’ils subissent quotidiennement par la répression ? Car qui détruit qui ?

N’est-ce pas de la répression que subissent ces jeunes « condamnés » à « quémander » un emploi ? Les grenades lacrymogènes sont-elles la réponse adéquate à leur demande ou est-ce le rétablissement d’un dialogue social interrompu depuis des lustres qu’il s’agit de réactiver.

Comment expliquer alors que les jeunes qui manifestent dans l’Hexagone ne soient pas condamnés, mais « entendus » par les forces de l’ordre (là-bas personne n’a été envoyé en prison) alors qu’ici, ils doivent purger des peines de 2, 4 et même 8 mois fermes pour l’un d’entre eux ?

La responsabilité de la violence est partagée, elle découle de cette société d’exclusion. C’est pourquoi nous exigeons que nos jeunes ne soient pas les boucs émissaires d’un Etat qui se déresponsabilise.

Nous exigeons que nos jeunes soient au moins traités comme ceux de l’Hexagone et qu’à l’avenir une manifestation pour une revendication juste ne soit pas l’occasion de faire une démonstration de force et que la Réunion ne soit plus le « cobaye » de la République.

Agir contre le Chômage, Amba, Galizé, Kivi, Lantant Koudmin, La Réunion Debout, Mouvman Sitoiyin Rényoné, Gaél Velleyen (group Kréolokoz), Rasine Kaf


Kanalreunion.com