Di sak na pou di

Nos paradoxes réunionnais : « une société double-face »

Témoignages.re / 27 septembre 2011

Un journaliste, tout à fait dans son rôle de “conscientiseur”, nous a interpellé récemment sur ce thème en nous faisant toucher du doigt les paradoxes révélés par le douloureux évènement qui a mis en émoi la “communauté” des surfeurs et La Réunion tout entière : notre accès à la modernité allant jusqu’à braver les éléments, confrontés à la vieille sagesse des anciens, sachant que la mer peut être une ennemie ; notre société célébrant la fête de la fraternité et du vivre ensemble, confrontée à l’éternel retour des vieux clivages entre communautés et groupes sociaux. Et c’est dans l’émotion générale que la parole dépasse la pensée et que nous perdons la boussole d’une démocratie apaisée, qui ne peut pas exister sans échange de points de vue différents s’écoutant les uns les autres, et pouvant aller jusqu’à la dispute fraternelle. Ce sont toujours les idées qui doivent guider le débat, et non des individualités, à la recherche de l’intérêt général, à partir des intérêts particuliers.
On peut ainsi légitimement s’inquiéter de la santé de notre démocratie quand des “grands” (?) électeurs, dans le secret de l’isoloir réunionnais, vont déposer un bulletin de vote contradictoire avec les attentes de ceux et celles qui les ont élus, et de la majorité du peuple français. Les grands électeurs mahorais semblent avoir été mieux inspirés.
Il appartient à chacun d’entre nous d’avoir son motif d’indignation, comme le rappelait Hesel en célébrant le Conseil de la Résistance.
Je propose à la méditation un libre propos du philosophe Alain en 1932 :
« Dans une organisation démocratique, tout y devrait marcher par des réunions d’égaux, où le chef n’est que secrétaire. (Si un ordre nouveau s’affirme), ce sera par ceux qui refuseront gloire et puissance, qui seront et resteront peuple en toutes leurs fibres ; qui sauveront dans ce grand corps les pensées diverses, égales, opposées, amies ; qui aimeront la justice et refuseront ce mouvement de mordre, si terriblement joint à toutes nos amours ».
Ancien élu local, né en 1932, et toujours militant de la démocratie locale, c’est mon motif d’indignation.

Marc Vandewynckele



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