Di sak na pou di

Notre Histoire de l’esclavage au pilori ! Quand le révisionnisme est là !

Témoignages.re / 2 décembre 2009

Je lis avec stupeur et indignation les propos tenus par un chanteur réunionnais, accompagné d’Yves Jégo, un ancien Ministre de l’Outre-mer, sur l’histoire de l’esclavage dans l’océan Indien et plus particulièrement à Bourbon, notre actuelle Ile de La Réunion, ancien colonie françaises où vécurent les ancêtres esclaves de plus 80% actuels des Réunionnais du fait du métissage qui a effectivement existé plus qu’ailleurs, mais qui n’a pas atténué pour autant la rigidité d’un système d’apartheid culturel et social, ethnique… Il y avait à Bourbon, en 1847, 60% d’esclaves, 59% en Martinique, 67% en Guadeloupe… Voilà la réalité des chiffres et non des impressions… Comment, en minorant l’esclavage dans notre Ile, peut-on sortir sur une chaîne nationale de telles absurdités, de telles aberrations, de telles contresens historiques qui non seulement sont révisionnistes, mais qui molestent ouvertement notre Histoire, nos ancêtres à travers les propos… d’un “Réunionnais” qui ne connaît pas son passé, mais qui, en plus, le déforme pour des raisons que nous ignorons et qui nous attristent.

Au moment de l’abolition de l’esclavage, il y avait officiellement à La Réunion 62.000 esclaves pour une population totale de 102.000 habitants, soit 60% d’esclaves qui n’avaient pas le droit de se marier, qui portaient souvent des noms d’animaux (Dauphin, Marsouins, Grenouille…), d’outils (Pioche…), d’objets (clefs, portails…), de sobriquets (Alenvers, Alendroit…), de personnages mythiques ou historiques de l’antiquité (Titus, Cicéron, Orphée, Hamilcaro, Vénus, etc…), de mots honteux (phalus, gueule pavée…) ou un seul prénom qu’ils ne pouvaient transmettre ; esclaves qui ont subi les mauvais traitements des maîtres jusqu’au 20 décembre puisque les punitions, même atténuées sous la Monarchie de Juillet, étaient encore permises (15 coups de fouets, prisons d’habitations) ; esclaves qui n’avaient pas le droit de posséder un bien, un terrain, de l’argent, sauf un pécule théorique après 1845, etc… Voilà la triste réalité des faits historiques pour ce chanteur !

Et que dire des marrons au XVIIIème
 !

Quand ils étaient capturés par les chasseurs, ils étaient torturés, tués dans les bois et on ramenait “une main coupée” pour percevoir la prime du marronnage dans la première moitié du XVIIIème… ça s’est passé dans notre Réunion, sur ce bout de terre de l’océan Indien, comme aux Antilles, comme à Maurice, comme ailleurs dans toutes les autres colonies anglaises où françaises, jusqu’à ce qu’enfin l’esclavage soit condamné et aboli… Que de dire de ces marrons esclaves, morts dans les bois, sans sépulture, abandonnés aux animaux et dont les restes étaient encore visibles dans certaines grottes de l’Ile jusqu’à la fin du XIXème… Comment peut-on aujourd’hui, avec tous les travaux universitaires qui ont été publiées (Prosper Eve, Hubert Gerbeau, Claude Wanquet, Sudel Fuma, Jean-François Geraud, Jocelyn Chan Low, etc)…, ignorer notre Histoire et donner des leçons, publiquement au point de meurtrir des mémoires qui sont encore hantées par des souvenirs d’une période difficile… Comment ne pas être au courant des actions de l’UNESCO qui, depuis 1994, à Gorée, a lancé le programme de La Route de l’Esclave et dans l’océan Indien ce même programme que la Chaire UNESCO de l’Université de La Réunion a mis sur pied… Le 20 décembre, notre fête de la libération à tous — descendants ou non descendants d’esclaves — est proche, les Réunionnais feront comprendre aux révisionnistes l’importance qu’ils accordent à l’Histoire de nos ancêtres… L’Historien que je suis et le descendant d’esclave par mon ancêtre esclave Eugène, qui reçut son nom de Fuma en 1848, ne peut accepter sans réagir de tels propos …

Sudel Fuma,
Universitaire, Historien


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