Di sak na pou di

NRL : Sortir de l’impasse du tout-voiture est le principal enjeu d’avenir

Lettre ouverte à Monsieur Lambert

Témoignages.re / 9 janvier 2014

Cette " lettre ouverte à M. Lambert ” fait suite au débat de ce 7 janvier sur radio Première (12h15-13h).

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Situation bloquée un lendemain de cyclone dans le Sud. Le nombre d’automobile est si important à La Réunion que le moindre incident sur la route peut aussitôt faire perdre des heures à des milliers de personnes. (photo Toniox)

Après vous avoir écouté à la radio ce 7 janvier, face à Jean-Paul Panechou d’ATR-Fnaut, j’ai à vous faire les observations suivantes :

Vous avez dès les premiers instants, expliqué votre soutien au projet de route en mer en vous plaçant sous l’autorité des « ingénieurs et experts » qui le portent, avec l’excuse de ne pouvoir « rivaliser » avec eux.

Vous contribuez de la sorte à l’appauvrissement du débat en vous réfugiant derrière un autre, supposé plus capable que vous ; à chaque renoncement de la raison, c’est une partie de nos libertés qui s’effondre. Mais il y a une contradiction à cela : sur quel critère choisir un expert plutôt qu’un autre ? Vous faites une confiance aveugle à des ingénieurs que vous ne connaissez pas ! Mais vous restez sourd aux mises en garde des scientifiques de la CNPN qui ont dit NON au projet, ou à ceux qui alertent l’opinion mondiale sur les changements climatiques et les adaptations à prévoir dans nos aménagements. Vous faites donc preuve d’un a priori dans le choix de vos experts…

Prenons un exemple, Monsieur Lambert : vous n’êtes pas cuisinier (moi non plus), mais vous et moi savons goûter d’emblée la saveur d’un bon cari et reconnaître en lui le dosage des ingrédients requis par les règles d’une culture riche et variée que nous avons en commun. Vous n’avez pas besoin d’être un expert ès-fourneaux pour apprécier une bonne cuisine. Ou à l’inverse, pour repousser un plat mal cuit ou mal composé.

Alors d’où vient votre renoncement à mobiliser vos capacités intellectuelles comme vous le faites de vos capacités sensorielles ?

L’erreur d’aménagement commise il y a 50 ans

Vous êtes semblable à tous ceux que l’on entend soutenir ce projet : ils le trouvent « bon » à cause du nombre de voitures mises en circulation et à cause de l’insécurité de la route littorale actuelle. Cela ne justifie en rien le choix d’un tracé en mer !

A ces mauvaises raisons, qui ne font que souligner l’erreur d’aménagement commise il y a 50 ans, certains rajoutent « l’urgence » – comme si le fait d’aller plus vite dans le mur était un argument d’autorité… Ce n’est pas parce que des politiciens du passé ont mis La Réunion sur une voie sans issue que les Réunionnais d’aujourd’hui devraient aveuglément – et dans la précipitation – s’engouffrer dans la même impasse.

Le projet de route en mer est mauvais, et même dangereux parce qu’il procède de la même logique erronée qui a conduit à faire une route en pied de falaise. Et il est tellement dévoreur de crédits pour 12 km, qu’il ne nous permettra plus aucun autre axe routier de moyenne altitude ni TCSP. Vous critiquez le sénateur Vergès en disant que, lorsqu’il était à la tête de l’exécutif régional, « il n’a fait que la route des Tamarins » ; vous reprochez à sa majorité de n’avoir rien fait en deux mandats pour la route littorale.

Cette attaque bassement politicienne est infondée puisque la nouvelle majorité bénéficie des études menées par la Région et l’Etat depuis 2004. Et elle n’honore pas le « défenseur des usagers de la route » que vous êtes : en effet, vous soutenez un projet qui engloutit toute la capacité d’investissement de la Région sur la seule NRL. Comment améliorer notre réseau routier à l’avenir ? Contre toute logique, vous soutenez finalement un projet qui va rendre impossible cette amélioration sur au moins deux générations.

Projet pas adapté

Nous critiquons le projet actuel de route en mer parce qu’il n’est pas adapté à La Réunion et au contexte global contraint par les changements climatiques. Il ne s’agit pas seulement de son aspect technique – mais aussi de son coût, de ce qu’il va représenter dans l’aménagement du territoire et pour l’ensemble des investissements, routiers et non routiers.

Vous refusez d’écouter ces arguments en disant « c’est politique ! » Vous avez à la fois raison et tort : tort, parce que vous ne voyez pas le véritable enjeu ; et raison, parce que les transports, les déplacements et l’aménagement, sont des questions hautement politiques en effet.

Après votre débat, les auditeurs auront compris que vous êtes en réalité un défenseur de la majorité régionale, des majors du Bâtiment et Travaux Publics et du lobby des transporteurs routiers – cela, au détriment de toutes les autres entreprises de BTP en crise. Comment pouvez-vous vous égarer à ce point ?

La politique des transports que nous défendons, dans ATR-Fnaut, est une politique multimodale : avec un vrai transport en commun, en site propre ou en mode guidé ; avec des axes structurants (routiers ou non) et un système de correspondances multiples avec les transports en commun, permettant à tous de se déplacer.

Trop de Réunionnais sont encore captifs du fait du « tout-voiture » alors que les moyens de déplacement (individuel ou collectif) devraient être multiples et relever d’un choix.

C’est une situation que vous aurez sûrement à cœur de redresser avec nous.

 P. David, F. Payet
ATR-Fnaut
 


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