Di sak na pou di

Observatoire sur les violences scolaires :
Un premier pas positif, en appelant d’autres !

Témoignages.re / 19 septembre 2012

Le ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, a annoncé dimanche 16 septembre 2012 la création d’un Observatoire de la violence scolaire placée sous la responsabilité d’un professeur émérite, Éric Debarbieux.

Cet Observatoire aura pour double objectif de « mieux connaître les réalités » et « mettre en place un dispositif de prévention ».

Cette annonce se veut en rupture avec la politique du “tout sécuritaire” prônée et portée par nos anciens gouvernants.

Ces dernières années, ce phénomène de violence scolaire a fait en effet l’objet de politiques publiques inefficaces qui ont glissé progressivement du préventif au tout répressif. Ainsi, dans les discours tenus par Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux ou Luc Chatel, l’amalgame a été fait entre violences scolaires, lycées de banlieue, ce qui a conduit à stigmatiser l’ensemble des jeunes déjà isolés par des politiques d’urbanisation incohérentes. Les jeunes de banlieue sont assimilés à de dangereux délinquants, trafiquants de drogues, organisés en gangs, prêts à investir les établissements scolaires. Nous avons eu là tous les ingrédients sécuritaires bien “utiles” notamment lors de la période de campagne électorale.

Toutes les mesures (portiques de sécurité, vidéosurveillance…) et le discours sécuritaire qui les accompagne ne visaient pas autre chose que d’ignorer la question cruciale des causes de cette violence.

« Les jeunes sont violents comme la société est violente », indiquait JP Rosenczeig, Président du Tribunal pour enfants de Bobigny. Pourtant, l’analyse du « pourquoi la violence » est occultée. La seule réponse de l’État, surmédiatisée, a été strictement sécuritaire. Une mission concernant « les sanctions à l’école » a même été confiée au « criminologue » A. Bauer.

Pour la CGTR Educ’action, cette violence est intrinsèquement liée aux difficultés sociales croissantes et à l’exclusion qui en découle. L’École n’est pas un sanctuaire fermé à la société qui l’entoure !
Partout, chômage, précarité, inégalités explosent, entraînant pour les familles des difficultés accrues, la misère et l’exaspération sociales. S’y ajoutent discriminations, ghettoïsation urbaine et pression policière... Par manque de volonté politique et de moyens financiers, le plan “Espoirs banlieue” est un échec. Les services publics, notamment sociaux (suite aux suppressions massives d’emplois), et les associations de quartier sont asphyxiés. Le chômage des jeunes atteint des taux record dans certains endroits, favorisant repli et dérives violentes. Cette violence sociale participe de la violence A l’école.

L’école elle-même génère échec et exclusion, aggravés par les récentes réformes du système éducatif, notamment de la carte scolaire, de l’éducation prioritaire, du primaire, de la voie professionnelle, et récemment de la formation des maîtres. Les résultats sont les suivants : peu ou pas de mixité sociale et scolaire, la situation d’exclusion d’élèves, d’écoles et d’établissements, l’abandon des personnels, leur formation réduite, leur expérience insuffisante, l’absence d’équipes éducatives, le traitement de la violence « réservé » aux CPE et aux personnels de surveillance, l’instabilité des non titulaires et jeunes titulaires, les effectifs trop lourds…

L’obsession de la transmission des fondamentaux (au détriment de la réflexion et de l’expression), de l’évaluation et du résultat, l’élitisme et la mise en concurrence des élèves, la non prise en compte de leur diversité, la hiérarchisation des établissements et des filières, l’orientation subie, les laissés-pour-compte, leur sentiment d’échec, l’intériorisation de leur propre exclusion, la perte de l’estime de soi, l’humiliation silencieuse et le sentiment de ne pas être reconnus… Cela fait la violence DE l’école.

Or, si les violences sont toujours très nombreuses (il est cependant difficile de savoir si elles augmentent…), les moyens, eux, ont toujours été plus réduits alors qu’il est reconnu que la présence renforcée d’adultes à l’école est un facteur antiviolence avéré.

Contrairement à ce qu’exposent certains ici et là, le gros de la « violence scolaire » est composé d’insultes verbales, d’incivilités (bousculades, insultes…), harcèlement… qui ont lieu à l’intérieur des établissements. Ces incidents traduisent surtout l’incapacité pour l’Éducation nationale à accueillir correctement les élèves et à prévenir les tensions du fait d’un manque de moyens et de personnels adultes formés aux problèmes de l’adolescence (enseignants, conseillers principaux d’éducation, médecins et infirmières scolaires, assistantes sociales, surveillants). Lorsque les enseignants parlent d’« insécurité », ils ne pensent pas forcément aux agressions physiques qui restent circonscrites à certains établissements dans des zones particulièrement dégradées, mais au stress, agressions morales et pressions quotidiennes dues à la surcharge de travail et à la dégradation des conditions de travail.

Pour nous, le bon plan est local et humain. Outre les réponses politiques et sociales à apporter globalement, la seule réponse de l’école de la République, parce qu’elle est encore le principal lieu de socialisation et la seule issue de secours dans nombre d’endroits, doit être éducative et pédagogique. Elle doit s’appuyer sur des équipes pluri-professionnelles
 — personnels enseignants, d’éducation, médico-sociaux, d’orientation, de Direction —, stables et formées surtout, en nombre, avec les moyens répondant aux besoins et à la connaissance de l’environnement local, le temps et la volonté de s’emparer collectivement du problème. Le traitement et la prévention de la violence imposent, en effet, de la cohésion et du sur mesure. Le climat scolaire qu’installe l’équipe, la place donnée aux parents, le respect et le suivi dus à chaque élève permettent de construire un projet adapté, d’établir une autorité collective et les règles du vivre-ensemble.

Si l’Observatoire de la violence scolaire constitue un outil intéressant dans la voie de la prévention des violences scolaires, les pouvoirs publics se donneront-ils pour autant les moyens, sous budget contraint, de répondre efficacement à ces phénomènes de violence scolaire, là est toute la question !

Pour la CGTR Educ’action, dans tous les cas, la première des urgences est de rétablir les moyens, notamment en vie scolaire, supprimés par Sarkozy.
Violence scolaire, « mieux en connaître les réalités », c’est bien ! Agir et la prévenir, c’est mieux ! La sanction si nécessaire soit-elle étant toujours un constat d’échec.

La CGTR Educ’action


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