Di sak na pou di

Osons une lettre ouverte à La Cour des comptes et, indirectement, à Monsieur le Président de la République…

Raymond Lauret / 16 octobre 2017

JPEG - 39.7 ko
Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes, lors de l’audience solennelle de la Chambre régionale des comptes.

Dans un rapport en date du 11 octobre dernier, la Cour des comptes vient de rendre publique une sévère critique de la gestion financière des collectivités territoriales réunionnaises. Cette critique vise à expliquer la situation « dégradée » des finances communales par une masse salariale « excessive » et notamment le recrutement «  massif » via les « contrats aidés  ».

Stéphane Fouassin, le Président de l’Association des Maires de La Réunion, a immédiatement répliqué en soulignant que, dans notre île, recruter n’est pas un caprice d’élus : « Nous jouons un rôle d’amortisseur social. Le chômage sur l’île est structurel et avec les contrats aidés, cela nous permet de recruter des personnes qui ne seraient pas employables autrement ».

Suivra forcément, dans les débats à venir, un échange d’arguments sur le clientélisme dans les embauches ou la surrémunération des fonctionnaires. Il ne faudra pas alors sous-estimer le poids énorme d
u chômage et le coût de la vie dans notre petit département. Mais là n’est pas mon propos.

J’ose simplement dire à la Cour des comptes et, indirectement, à Monsieur le Président de la République, qu’avant de viser les petites gens qui arrivent à trouver un petit boulot dans leur commune, il serait peut-être plus utile et plus juste qu’ils se penchent sur une grave question : est-il nécessaire que nous ayons à la Réunion 7 députés et 4 sénateurs ? A quoi cela sert-il de compter autant de conseillers municipaux et des adjoints dans nos communes ? A quel travail réel correspondent autant de vice-présidents et de membres dans nos Communautés d’Agglomérations et dans les SPL et autres SEM dont la République a cautionné qu’ils soient désignés ?

Oui, osons la question qui fâche : avons-nous besoin d’autant de personnes dans toutes ces structures ? Est-il acceptable que tout ce monde soit indemnisé alors qu’il est admis par tous que les indemnités ne correspondent pas à un travail réel ?

Pourquoi dans une structure comme l’Etablissement Public Foncier de La Réunion (EPFR), aucun élu qui y siège n’est indemnisé ? Et pourtant, l’EPFR, ça fait du bon boulot, avec un personnel dévoué et compétent. L’EPFR a eu comme président des personnes d’opinion politique différente. Dans le passé, jamais Serge Camatchy, Stéphane Fouassin, Robert Nativel, moi-même ou actuellement Olivier Rivière, qui avons eu à assumer cette responsabilité, nous avons posé le problème de rémunérer les élus, fussent-ils le Président. Pourquoi ce qui est admis pour l’une ne serait pas généralisé aux autres structures de ce type ?

Je tiens à insister sur le fait que les responsables du dévoiement d’argent public ne sont pas les élus. C’est la Loi qui permet (et donc impose) qu’il y ait un certain nombre d’élus. C’est notre Loi qui permet que ces élus soient payés, ce qui les oblige à être présents. N’est-ce pas là une situation ridicule et honteuse ?

Reprocher aux maires de trop embaucher et, dans le même temps, leur faire obligation d’avoir une masse financière importante pour l’indemnisation d’élus en surnombre, oui, j’ose poser la question à la Cour des comptes et, indirectement, à Monsieur le Président de la République pour l’élection duquel j’ai voté : quand dénoncerez-vous cela et quand prendrez-vous les mesures législatives pour arrêter la gabegie ?

Raymond Lauret