Di sak na pou di

Où seront nos secteurs productifs ?

Témoignages.re / 25 mai 2012

« L’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides, et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine ; et en effet, ils sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d’eau et de racines ; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu’ils ont semé ».

Si nous négligeons le côté pittoresque, caricatural et volontiers outrancier de ce tableau, il n’en reste pas moins vrai que la description que M. de La Bruyère nous donne du paysan français du XVIIème siècle peut s’appliquer, dans une large mesure, à plusieurs domaines ici.

M. de La Bruyère n’était pas un diplômé de l’E.N.A. et ne pouvait, en conséquence, connaître et employer toute cette série de termes et d’expressions modernes tels que : Environnement ; Habitat rural ; Standing de vie ; Facteur de croissance ; SMIC ; RSA, etc.

On peut cependant retrouver dans cette description la plupart des traits qui caractérisent le niveau de vie qui nous attend dans notre département si, si et si... A proportion de la "croissance", bien entendu.

A une époque, il a été constaté : « Les Réunionnais vivent en dessous de la misère » ; un peu plus tard, au Conseil général, il a été dit : « la corde est sur le point de se rompre ». Le devoir de tous les élus ne reste-t-il pas de proposer des solutions pour que cette « corde ne se brise pas » et que l’intérêt de la population soit défendu, avec "bec et ongles", passionnément et ardemment ?

Mais, permettez-moi de faire cette remarque : Les Crises et les crises ne sont pas le résultat du hasard ! C’est la conséquence de la politique économique menée dans cette île. Comme l’a dit M. Bernard Mendes-France, Administrateur national de l’INSEE, chargé d’établir les comptes économiques des D.O.M., l’économie réunionnaise est à moteur externe.
Que manque-t-il donc à nos moteurs internes pour être efficients ? Une fluidité de la circulation ? L’obligation du principe de subsidiarité ? Une disparition des préjugés ? Il serait grand temps d’y penser ! Non ?

En effet, ne dit-on pas souvent que c’est au fruit qu’on reconnait l’arbre ?

Depuis 1946, nous ne faisons plus partie des quatre "vieilles colonies". Grand bien ! Financement de la départementalisation : difficile ! comment ? pourquoi ? Des dissonances — l’assimilation fera le reste ! Des adaptations profondes à une population essentiellement différente de la population métropolitaine ! Essentiellement ?

Ah bon ? Quand même pas jusqu’à une controverse... Enfin...! Soit !

Et nos bulletins de vote ont vu passer des couleurs ! Distinguant et différenciant les candidats aux élections ! Époque révolue ! Nous n’étions plus des illettrés ! Même si de nos jours, on dénombre encore beaucoup de lacunes.
Paradoxalement, pas de véritables progrès dans ce domaine, répète-t-on, année après année... A décharge, on sait maintenant qu’un environnement déplorable peut se traduire par des troubles divers en dépit des rattrapages, des éclipses, des réformes, des congrès, des réunions, des réunionnites, du service de qualité, de la qualité de service, des pluies de promesses...

Bref, des progrès plus ou moins lisibles !

Pourtant, la panoramique d’hier à aujourd’hui n’est pas brillante. Et les chiffres ? - Têtus ou rétifs ? Où aller, ou ne pas aller ? Comment fixer un point de comparaison ?

Pour illustration, relisons ce passage ci-après de l’article paru il y a 33 ans déjà : « Le cri d’alarme du Comité du Progrès » — L’unité essentielle dans la diversité — (JIR - 13/10/1979) — ; et avec mes remerciements pour la pertinence de ses observations.

Voici :
« ... il faut aller au fond des choses ; il faut aller au-delà de revendications corporatives : il faut aller au-delà des compétitions politiques et partisanes ; il faut que tous les Réunionnais, parce qu’ils sont Réunionnais, et de quelqu’horizon idéologique ou politique qu’ils soient, se mettent ensemble pour réfléchir ensemble sur les problèmes fondamentaux de leur pays... » [...]. « Au plan local, l’interpellation est dans la situation réunionnaise. 290.000 n’ont pas 20 ans, 25.000 demandent des emplois et n’en n’ont pas, 60.000 seraient misérables si l’assistance n’existait pas. En plus, 10.000 jeunes arrivent tous les ans en âge de travailler, et 300.000 sont du ressort de l’aide sociale ».

Aujourd’hui, qui mieux que ceux qui aspirent à la députation (à faire des lois) peuvent parler en vérité de l’état de notre île au moment où, plus que jamais, l’intérêt commun se doit de l’emporter, ensemble, pour que l’union incarne vraiment une force fiable ? Utopie ?

Aux représentants les responsabilités de mandataires si nous voulons vivre en démocratie dans le sens de notre République !

Le sort en est jeté !

Joseph Mondon,
Les Avirons


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