Di sak na pou di

Où sont passés nos experts ?

Témoignages.re / 15 mars 2017

(Ou : Nul n’est prophète en son pays)

Ce serait faire injure à la France métropolitaine de ne la considérer que comme une vache à lait, ce serait faire injure à La Réunion de ne la considérer que comme un simple ancrage de la France dans l’Océan Indien. Pourtant, de plus en plus de Réunionnais se posent la question. Pour la vache à lait, il suffit de citer ces deux chiffres : 300 millions d’exportation, 3 milliards d’importation. Pour le simple ancrage, nous ne sommes pas loin, là non plus, de la vérité. Les quelques experts métropolitains envoyés sur l’ile pour son aménagement, n’ont fait que calquer ce qui se fait en métropole, sans tenir compte des réalités et des potentialités locales. Voici quelques dramatiques exemples. Planter des platanes sur le bord des routes, développer une agriculture industrielle totalement inadaptée, importer mille produits dont les trois quarts pourraient être produits localement ou ont un équivalent local. L’une des erreurs les plus révoltantes, est l’importation massive de vaches normandes totalement inadaptées au climat réunionnais, et l’importation massive d’aliments pour animaux alors qu’existait sur-place, des races parfaitement adaptées au climat et à la nourriture locale. Le résultat de tout cela, c’est qu’au lieu de réduire le chômage d’une région en plein développement démographique, on l’augmente.

Dieu merci, tous les experts ne sont pas couillons. Il se trouve qu’enfin, le travail admirable de nos vieux agriculteurs réunionnais qui, un temps, sont parvenus à nourrir toute l’ile sans importer grand-chose, est reconnu par les plus hautes instances métropolitaines. Il était temps, car ce savoir était en train de disparaître. Il était temps, car nos concitoyens se posent de plus en plus de questions sur la situation alimentaire et sanitaire de l’ile (un journaliste vient de terminer son enquête en informant les Réunionnais qu’il ne fallait plus consommer de bœuf pays – il s’agit des vaches normandes importées et élevées ici pour la production de lait et de viande et non du bœuf Moka local). Et cette première reconnaissance d’une agriculture séculaire locale et de qualité, est une phénoménale porte de sortie pour tous les experts et les politiques qui finissaient par être débordés par les mille et une dérives de l’agro-alimentaire réunionnais, le volume faramineux des importations et son corollaire, l’impossibilité d’endiguer l’hémorragie du chômage.

De quoi s’agit-il donc ? A l’occasion du Salon National de l’Agriculture à Paris, un agriculteur réunionnais quasiment inconnu, vient de récolter pas moins de deux prix nationaux : Un prix pour ses méthodes de culture qui ont fait l’admiration du jury (équilibre quasi parfait d’une agriculture en phase totale avec les lois de la nature – l’équilibre biologique évite la prolifération des prédateurs et des ravageurs et ne nécessite aucun intrant chimique). Un deuxième prix pour la défense des races animales rustiques de La Réunion : bœuf Moka, chèvres pays, poulets, canards, etc.

Il faut saluer ce grand succès réunionnais face à 90 départements métropolitains qui ne sont pas inactifs dans ce domaine, loin de là. Cela, pour autant, sauvera-t-il le patrimoine agricole (animal et végétal) réunionnais ? Rien n’est moins sûr, tant les mauvaises habitudes sont prises. Mais c’est une étape importante vers le redressement de notre agriculture et le retour de la dignité de nos agriculteurs.

Collectif pour une Réunion plus Belle et plus universelle


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