Di sak na pou di

Outre-mer et Histoire : une question à part ?

Témoignages.re / 11 décembre 2010

Récemment, du 15 au 22 novembre, la ville de Pessac près de Bordeaux proposait un festival de films consacré essentiellement à l’Histoire. La thématique choisie pour cette 21ème édition s’intitulait “La fin des colonies”.

Parmi les films présentés, il fut largement question de l’Algérie et de la Françafrique, sujets qui demeurent préoccupants.
Toutefois, la thématique aurait pu inclure les Outre-mer français, tant les vielles colonies en forment la partie la plus peuplée ! Peut-être les organisateurs ont-ils considéré que ces espaces continuent d’être, pour reprendre les mots d’Aimé Césaire, « entièrement à part »…
Aucun film issu de ces territoires n’était donc proposé à Pessac, alors que des productions documentaires récentes, sélectionnées au Festival International du Film d’Afrique et des îles, étaient disponibles. (1) Précisons que les œuvres qui ont été sélectionnées pour la compétition documentaire traitaient de l’Histoire passée comme contemporaine.

Des endroits où il ne se passe rien…

Heureusement, il fut pourtant question des DOM-TOM en général, et de La Réunion en particulier, car Françoise Vergès a proposé aux festivaliers une passionnante conférence faisant le point sur la décolonisation toute relative de l’île.

Dans son exposé, Françoise Vergès a souligné trois points forts : l’Histoire des Outre-mer ne se pose pas aujourd’hui en termes d’autonomie, elle interroge d’abord l’Histoire française ; il faut savoir que la politique coloniale métropolitaine s’est poursuivie jusqu’à la fin des années 90 ; les opposants réunionnais à cette politique ont été brisés sous le règne de Michel Debré.
Françoise Vergès a insisté sur les différentes faces de cette répression qui a touché les responsables politiques locaux comme les syndicalistes exilés en France. Elle en a rappelé les dimensions religieuses et culturelles : hégémonie du catholicisme sur l’île, interdiction du maloya… « Bien des obstacles locaux ont en effet pris naissance dans cette entreprise d’assimilation, précise Françoise Vergès, mais les intellectuels ou artistes métropolitains ne s’y sont guère intéressés ».

Qui sommes-nous ?

Le Théâtre Vollard a fait revivre les grandes heures de l’Histoire réunionnaise en présentant, entre autres, des combattants tels que Léon de Lepervanche et Raymond Vergès. Ces spectacles ont donné forme à la mémoire collective réunionnaise, ce qui est remarquable, mais la compagnie n’a pu faire que des incursions discrètes dans l’espace métropolitain.
Comment s’en étonner ? Comme le faisait encore remarquer à Pessac l’oratrice réunionnaise, les DOM-TOM sont perçus, depuis la métropole, comme des endroits où il ne se passe rien.
Outre la connaissance des années de répression, le public français gagnerait à découvrir l’imaginaire de ces territoires. Les destins de l’esclave Furcy, celui de Firmin Viry et bien d’autres encore pourraient alors faire naître des documentaires ou fictions édifiants qui parleraient à tous.
« C’est toujours la même question politique qui est posée à la métropole, concluait Françoise Vergès : comment pouvons-nous vivre ensemble, et pour commencer, qui sommes-nous ? ».

Dominique Bertou,
documentariste métropolitaine

(1) “Zac nou woi” de Laurent Zitte & René-Paul Savignan,
“Tang goudron” de Guillaume Kondoki, 2 films réunionnais produits en 2010.


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