Di sak na pou di

Pâques : une force qui ressuscite !

Courrier des lecteurs de Témoignages / 26 mars 2016

Pâques : une force qui ressuscite !

Le message de Pâques, nous le proclamons d’année en année : « Il est ressuscité. Il est vraiment ressuscité ». Le Christ, ressuscité, vivant, ne meurt plus. Nous sommes appelés à vivre en ressuscités, par Lui, avec Lui et en Lui. Pour faire réussir la vie. Le message est toujours ancien, c’est le même depuis quelque 2000 ans. Et pourtant il est toujours neuf. Sa vie et son enseignement m’intéressent aujourd’hui dans un contexte de vie différent de celui de son temps. Jésus, le Jésus de l’Histoire et le Jésus de la foi est le même. Le Christ Jésus est le même, hier, aujourd’hui et demain.

Cet homme Jésus, venant de Dieu et retournant ensuite à Dieu, est incontournable. Toute l’Humanité a rendez-vous avec lui. Chacun de nous est interpellé dans sa foi, dans sa pensée, dans ses actions. Toute l’Humanité aura son grand rendez-vous avec Jésus-Christ à la fin des temps. « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts ». Le jugement sera le face à face avec le Ressuscité. Déjà au moment de notre mort où tout se dévoilera pour chacun de nous et à la fin des temps, pour tous. La vie ne s’arrête pas avec la mort. Elle s’ouvre à l’infini. C’est la Lumière sans origine et sans fin qui appelle ma part de lumière à retrouver sa Source initiale. Je reste moi-même avec mon corps qui sera pleinement dans la résurrection du Christ. Cette perspective, loin d’être macabre, nous arrache à la mort, devient source d’espérance, exige de nous de faire réussir la vie pour la part qui nous revient.

Sur quoi repose la foi des chrétiens ? Sur les aspirations à la Sagesse qui ont traversé tous les filons religieux au carrefour du Moyen-Orient, sur la « Parole de Dieu » dans la bible, sur Jésus mort et ressuscité, sur le témoignage de ceux qui l’ont connu de son vivant sur la terre, sur le don de l’Esprit à la Pentecôte, sur la vie de l’Eglise elle-même. La vie nous précède toujours. Elle véhicule tout un programme codé de cohérences, une grammaire à déchiffrer de l’infiniment petit à l’infiniment grand jusqu’à ses multiples univers du cosmos. Le Logos et l’intelligence humaine sont en dialogue dans une création qui suppose un Créateur. Personne n’a jamais vu le moment même de la résurrection. Les premiers témoins constituent un socle fondamental sur lequel se développera une « Eglise d’Eglises » où l’unité en construction ne sera pas l’uniformité, où la créativité ne sera pas source de divisions.

Avec la fête de Pâques aujourd’hui, notre relation au Christ Ressuscité exige de nous chrétiens de nous situer en veilleurs d’espérance et en artisans de paix. L’espérance et la paix sont malmenées aujourd’hui dans le monde, dans la société, dans l’Eglise, dans nos familles. C’est dans l’air du temps. C’est l’ère du soupçon, de la haine, de la violence. Chômage et alcool. Nous ne pouvons pas nous en accommoder. Meurtres en série, femmes battues, attentats de novembre 2015, terrorisme sur le monde, Bruxelles et l’Europe. Tout tremble sur la planète. Les systèmes monétaires peuvent se détraquer. Les économies sont interdépendantes et fragiles. Les plus gros mangent les plus petits. A La Réunion, nous ne pourrons pas vivre indéfiniment des transferts. La tendance réunionnaise rejoint la tendance mondiale. « Nous nous sommes lancés dans un consumérisme qui érode nos conditions biophysiques d’existence, sans nous rendre pour autant heureux » (Dominique Bourg).

Dans la tourmente actuelle, nous pouvons nous décourager tellement le sentiment d’impuissance est grand. Le désespoir est là. La tentation de nous dire : à quoi bon ? J’arrête. Je baisse les bras. Je doute. J’attends. Nous ne pouvons pas attendre. La vie n’attend pas. Nos enfants et nos jeunes, les exclus, ont soif de vivre. Nous ne pouvons pas les décevoir alors que peut-être nous-mêmes, nous sommes dans la détresse. Le regard des autres nous oblige à relever des défis où la créativité pour le bien commun doit s’inscrire dans la faisabilité. Mais où se trouve la limite du possible et sur quels critères ? La vie n’attend pas. Se nourrir, se vêtir, se loger, gagner sa vie, pouvoir fonder un foyer, se former, aller voir ailleurs, revenir si l’on souhaite. Tous nos jeunes portent ce rêve en eux. La gouvernance de notre société par les politiques doit impérativement se baser sur le principe de subsidiarité : faire ici ce que nous pouvons faire ici, avec les hommes et les femmes qui vivent ici en communauté de destin, avec des formations qui s’ouvrent sur l’Indianocéanie, l’océan Indien et sur le monde. Sortir du consumérisme, protéger et embellir la nature, maîtriser les technologies, les langues… Est-ce que nous sommes prêts à réviser nos mentalités, nos comportements et à vivre sobrement ?

Il y a tellement de peurs. Les différentes spiritualités, les différents filons religieux doivent porter leur contribution pour améliorer notre « vivre ensemble », notre « vivre avec ». Il y a tellement de blessures dans l’île qu’il nous faut un souffle de compassion à tous les niveaux, plus spécialement dans les communications, dans les informations qui circulent de plus en plus vite sur les réseaux, avec le risque de la désinformation. En ce qui concerne l’Eglise catholique, le pape François a écrit « Peut-être avons-nous parfois oublié de montrer et de vivre le chemin de la miséricorde. D’une part, la tentation d’exiger toujours et seulement la justice a fait oublier qu’elle n’est qu’un premier pas nécessaire et indispensable. Mais l’Eglise doit aller au-delà pour atteindre un but plus haut et plus significatif (…) Il est temps de revenir à l’essentiel pour se charger des faiblesses et des difficultés de nos frères. Le pardon est une force qui ressuscite en vie nouvelle et donne le courage de regarder l’avenir avec espérance. » (pape François, Le visage de la Miséricorde, § 10)

Que le Christ ressuscité qui a vaincu le péché, le Mal et la mort nous soit tous en aide. Qu’Il nous ressuscite avec Lui. Qu’Il nous remette debout. Que le souffle de son esprit devienne notre respiration quotidienne. Que l’amour de Dieu soit notre manteau. A vous tous, saintes et lumineuses fêtes de Pâques.

Pâques 2016
Monseigneur Gilbert AUBRY


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