Di sak na pou di

Par fidélité aux rôles que chacun prend et assume dans sa vie…

Témoignages.re / 14 septembre 2011

Je ne peux pas ne pas réagir suite à certains propos écrits après la cérémonie d’adieu au Père René Payet, cérémonie qui s’est déroulée samedi dernier 10 septembre à l’église de la Ravine Blanche à Saint-Pierre. Je vise ici ceux du billet qu’a signé dans nos colonnes, sous le titre « Par fidélité à la Parole » , mon vieil ami Georges Benne.

Oui, il est bon que Georges, comme l’a fait par exemple Eugène Rousse qui a évoqué, ici même et jusque dans un détail qui n’aura pas manqué de faire frissonner bien de nos camarades, l’engagement politique de René Payet avec, notamment, l’animation de l’“ADNOE”, la création du “Parti socialiste réunionnais” ou le lancement de l’appel pour le “Comité du 19 Mars pour l’Égalité”, oui, il était bon que Georges rappelle que René sut tendre la main et soutenir son frère Jean Cardonnel, un Jean Cardonnel dont, personnellement, je tiens sans doute une grande part de mon engagement militant dans l’explication forte et sans équivoque qu’il a donnée de « la parabole du bon Samaritain » lors de son premier séjour dans notre île.

Oui, il est normal que Georges rapporte, comme d’autres l’ont fait également, mais avec ses mots à lui, que « la participation du père René Payet aux combats politiques procédait avant tout de sa foi dans le Christ Jésus qui, comme on peut le lire dans l’Évangile, n’hésitait pas à quitter le temple pour aller sur la place publique ». Oui, il est bon, il est normal que cela soit écrit et que cela fût écrit. Mais faut-il pour autant qu’on oublie que Gilbert Aubry, en tant qu’évêque, et donc premier responsable de l’Église catholique à La Réunion, n’avait pas, lors d’une cérémonie religieuse, à mettre l’accent sur les aspects de l’engagement politique d’un de ses frères qui est prêtre, fut-il, cet engagement, dans le Parti qui est celui pour lequel nous sommes quelques-uns à y consacrer beaucoup de notre temps de citoyens et à mettre notre foi ?

Mais nous l’avons tous entendu : devant l’assemblée d’hommes et de femmes réunis en l’église de Ravine blanche, Gilbert Aubry a évoqué, à côté de ses qualités d’homme d’église à la générosité totale et au sens de l’amour de l’autre jamais pris en défaut, certains des grands combats de René dans l’arène politique, pour la justice sociale, contre la fraude électorale. J’en ai été pour ma part satisfait. Je ne pouvais demander ni attendre plus de celui qui est, ne l’oublions pas, l’évêque de tout un diocèse et dont j’ai eu l’occasion, ici même, de saluer les prises de position contre les injustices sociales de toutes sortes. Il ne fallait tout de même pas que nous demandions à Gilbert de faire notre travail !

D’ailleurs, et relisons par exemple l’article d’Eugène Rousse paru ce mardi, nos lecteurs aujourd’hui savent tout de ce qu’a eu à subir comme blessures et à connaître comme satisfaction, à vivre donc, notre camarade René, que ce soit au PSR, à l’ADNOE, puis avec le PCR ou encore à "Témoignages". Excusez-moi, Georges, mais ces combats, René les avait menés avec nous, pas avec son évêque… Quant à « l’institution ecclésiale (qui) a montré son vrai visage (en ne trouvant) rien à redire à l’exercice des fonctions de maire et de conseiller général par le Père Dujardin parce qu’évidemment il était du “bon parti” de droite », ne dépassons pas les bornes (de la foi mauvaise) et ne reprochons pas à Gilbert Aubry ce qui s’est passé bien avant qu’il ne soit nommé évêque, donc longtemps avant qu’il ne soit moralement responsable.

Par fidélité au rôle que René a choisi de prendre à côté et dans sa vie de prêtre et qu’il a assumé auprès de la hiérarchie de son église, laquelle ne l’a pas rejeté, je ne pouvais pas ne pas réagir. Voilà pourquoi…

Raymond Lauret



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