Di sak na pou di

Parents relais, parents médiateurs bénévoles… : émergence de l’altruisme ?

Courrier des lecteurs de Témoignages / 2 novembre 2016

Si l’on se réfère au regard de Patrick Tort sur l’œuvre de Darwin une déduction serait faussée, selon lui, par la lecture exclusive de l’ouvrage « l’Origine des espèces », (1859). Cet ouvrage aura transmis l’idée selon laquelle la lutte pour la vie et la survie du plus fort sur le faible occulterait son opposé comportemental : l’altruisme, c’est-à-dire, l’attention portée à autrui par des comportements de solidarité, d’entraide, de sympathie, de compassion… Cette (anti)thèse, liée à l’émergence des instincts sociaux, moins connue, voire même occultée, a été développée par Darwin dans son dernier ouvrage : « La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe », (1871). Le grand public aura retenu la première thèse.

Ce préalable est important à poser pour appréhender l’archéologie évolutionniste des comportements humains. Ce serait comme si nous étions « amputés », ou clivés sur le plan comportemental d’une partie de nous-mêmes et des valeurs qui s’y rapportent. La conception ou le regard que nous avons de nous-mêmes pourrait intégrer le principe d’une réalité opposée en nous-mêmes. Nous serions potentiellement tout à la fois égoïste et altruiste. Capable de gentillesse et de méchanceté vis-à-vis d’autrui. Pour emprunter une image connotée religieusement : le « Diable » et le « bon Dieu » cohabiteraient en nous.

Sans vouloir provoquer un grand chambardement, il nous faudrait, peut-être, réfléchir à cette proposition que devrait inciter la relecture de Darwin guidé par Patrick Tort. Nous spéculerions que nous en sortirions gagnants dans le sujet qui nous occupe. Nous pourrions tester en effet cette hypothèse altruiste (ou solidaire, ou fraternelle) appliquée à une nouvelle gouvernance des parentalités, en soutenant l’idée que certains parents forts de leur expérience de parents pourraient accompagner de jeunes parents lors de la naissance de leur premier enfant dans le cadre d’une proximité communale en pensant à une organisation adaptée et encourageante… L’objectif serait de reconnaître que les parents sont les premiers acteurs dans l’instauration de la santé de leur enfant et de fait les premiers éducateurs de leur enfant…, accompagnés par d’autres parents « relais et médiateurs », ces derniers étant animés d’une générosité altruiste et rassurante. Ces jeunes parents découvriraient lors de cet accompagnement adapté leur nouveau-né avec un nouveau regard. Rappelons une définition de la santé applicable au bébé et proposée à ces jeunes parents : « désir, plaisir d’agir, rapport actif à l’environnement, créativité », compte-tenu du fait, maintenant de plus en plus scientifiquement prouvé, que l’enfant « dès qu’il ouvre ses yeux » est prodigieusement intelligent dans son être de chair. Ce que les jeunes parents devraient percevoir au grand avantage de leur enfant.

Ces perspectives de promotion de la santé sont révolutionnaires et devraient (tôt ou tard) conduire vers une nouvelle gouvernance des parentalités. En étant inhibés dans nos potentialités solidaires et altruistes, nous serions comme « repliés » sur nous-mêmes dans une attitude égoïste qui souffrirait de l’être. Sur le plan psychique, nous vivrions ce clivage comme un rétrécissement psychique qui nous ferait, par exemple, ne rien manifester lorsqu’un enfant pleure devant nous sous prétexte qu’il n’est pas notre enfant.

Danielle Amussat, Georges Benne, Pascal Duvignac, Farhana Kazi, Frédéric Paulus, Antoine Pitchaya, Linda Samelor-Minatchy, Jessica Techer. CEVOI


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