Di sak na pou di

Parti de Gauche de La Réunion : « Jeux des iles, l’arrogance du gouvernement »

Courrier des lecteurs de Témoignages / 10 août 2015

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Manuel Valls et Patrick Kanner lors de leur tournée dans l’océan Indien au mois de juin. Quand le Premier ministre a fait sa déclaration péremptoire à Mayotte, en avait-il bien mesuré toutes les conséquences ?

La 9e édition des Jeux des Îles de l’Océan Indien, qui se déroule actuellement dans notre île, a mis en lumière la complexité des relations qui unissent Mayotte, la République Française et l’Union des Comores. La décision de faire défiler les athlètes mahorais sous le drapeau français, au mépris le plus évident de la charte des Jeux, a rompu l’équilibre fragile qui permettait à cette compétition d’exister. Ce passage en force du gouvernement français constitue une faute diplomatique majeure qui va avoir de lourdes conséquences pour nos relations avec les pays de l’Océan Indien. Ajoutant à cela les multiples vexations infligées à Madagascar (…) et l’on mesure le désastre géopolitique que constitue cette édition crépusculaire des Jeux.
La déclaration de Manuel Valls faite le 13 juin dernier lors de son déplacement à Mayotte : « les athlètes mahorais qui remporteront des épreuves chanteront l’hymne national, en tenue de l’équipe de France et sous le drapeau français.", et ses conséquences internationales ont visiblement dépassé les intentions du Premier Ministre qui porte une grande responsabilité dans le déclenchement de cette crise. Le Parti de Gauche à La Réunion dénonce ce coup de force du gouvernement ainsi que le mépris avec lequel ont été traitées les délégations comorienne et malgache.

Nous rappelons que la France est condamnée régulièrement par l’ONU pour son occupation de Mayotte suite au référendum illégal du 22 décembre 1974 qui contrevient à un principe fondamental du droit international : l’intangibilité des frontières des entités coloniales. La France ne doit qu’à son statut de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU d’être toujours présente dans cette partie du Canal du Mozambique. Elle ne peut défendre le respect du droit international, notamment lors de la guerre en Irak en 2003, et s’en affranchir lorsque les rapports de force sont en sa faveur.
Dans la droite ligne d’un Pierre Messmer, notre Premier Ministre joue la carte de la désunion entre les îles des Comores pour des raisons électoralistes évidentes. Une fois de plus il fait la preuve qu’il n’a rien d’un homme d’État et tout d’un politicien sans envergure. Nos compatriotes mahoraises et mahorais méritent mieux qu’un tel traitement de la part d’une République avec laquelle ils entretiennent des relations anciennes et bien plus complexes que semble l’imaginer Manuel Valls.

De peuplement essentiellement afro-malgache et de culture animiste, l’archipel des Comores a toujours connu une histoire agitée. Suite à la prise de pouvoir de grandes familles originaires de Chiraz en Perse au XIII ? siècle les nouveaux arrivants s’efforcèrent d’emblée d’asseoir leur domination, d’imposer à une culture matriarcale les conceptions patriarcales du monde musulman… et réduisirent les populations locales en esclavage. Théâtre de luttes incessantes entre les îles, « l’archipel des sultans batailleurs » ne constitua jamais une entité politique en tant que telle. Mayotte fut cédée à la France par le sultan Andriantsouly en 1841.
Loin d’être envisagée comme une occupation coloniale étrangère, la présence française a constitué une forme de libération pour la population qui a vu les seigneurs féodaux d’origine persane être obligés de s’exiler. Comme le dit l’universitaire Jean-François Hory, en une dizaine d’années « les Mahorais se trouvèrent débarrassés des sultans, de leurs querelles et de leurs impôts, libérés de l’esclavage et dotés de terrains pour leurs cultures vivrières ». Cette figure d’une France tutélaire, apportant paix et liberté, a profondément structuré la conscience collective mahoraise. Un siècle plus tard le slogan de l’omnipotent Mouvement Populaire Mahorais en portera encore la trace : « Nous voulons rester français pour rester libres ».

Le Parti de Gauche à La Réunion constate le profond attachement de nos compatriotes mahorais et mahoraises à La République Française et considère que notre pays doit assumer ses responsabilités historiques dans la région. Le Parti de Gauche à La Réunion considère, en accord avec ses principes écosocialiste et internationaliste, que la politique indo-océane de la France doit concilier la légitimité juridique du droit international avec la légitimité « démocratique » exprimée par la volonté du peuple mahorais, en fidélité au principe intangible d’auto-détermination des peuples. A l’exact opposé de la politique brouillonne et irresponsable menée actuellement par le gouvernement.
Ainsi nous prônons une politique d’apaisement vis-à-vis de l’Union des Comores, qui commence à minima par le respect du modus vivendi entre les deux États, et de co-développement solidaire afin de réduire l’insupportable gouffre qui sépare le niveau de vie de Mayotte avec celui de ses îles sœurs des Comores. De la même manière nous exigeons l’abrogation du visa Balladur qui coupe les liens historiques et démographiques entre Mayotte et Anjouan. Le bras de mer séparant les deux îles n’est pas condamné éternellement à être un cimetière marin pour les « migrants » anjouanais, ni Mayotte une réserve inépuisable de reconduites à la frontière pour des ministres de l’Intérieur en manque de statistiques. Une autre politique régionale est possible, qui dépasse le simple cadre de la coopération mais passe par des mécanismes d’intégration régionale, à l’image de ce qu’il se passe en Amérique Latine avec l’ALBA ou l’UNASUR. La Réunion devra prendre toute sa place dans ce processus qui impliquera les peuples de la zone.

Le Parti de Gauche milite en faveur de la solidarité entre les peuples, du respect du droit international et de l’émergence d’un monde multipolaire. L’arrogance dont a fait preuve l’État français vis-à-vis des Comores, ajoutée aux multiples incidents qui ont émaillé le déroulé des ces jeux vis-à-vis de Madagascar, dénote un état d’esprit colonialiste contraire à nos valeurs et à l’héritage politique que nous portons. Seule une Sixième République sous contrôle citoyen pourra renverser la logique à l’œuvre et amorcer une nouvelle ère dans les relations avec nos voisins de l’Océan Indien.

Parti de Gauche de La Réunion


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