Di sak na pou di

Pas plus d’égalité réelle que de saucisses attachées à la queue d’un chien !

Courrier des lecteurs de Témoignages / 25 mars 2016

Pas plus d’égalité réelle que de saucisses attachées à la queue d’un chien !

Enfin ! On commence à voir un peu plus clair, façon de parler, dans ce concept de l’« égalité réelle » : De l’enfumage, toujours de l’enfumage, rien que de l’enfumage ! À n’y plus rien comprendre du principe républicain de l’égalité. D’ici peu on nous inventera la « liberté réelle », « la fraternité réelle » et même la « République réelle » avec un « président réel », et non pas seulement « normal » !

Lors de sa présentation au diner du CREFOM, (une structure inventée par un certain… Victorin Lurel !) à Paris, le Premier ministre, Manuel Valls, faisant référence au 70e anniversaire de la loi du 19 mars 1946, y a vu « un très beau symbole » ! Sous les applaudissements de l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, autre spécialiste en matière d’égalité avec ses Etats généraux de l’outre-mer (EGOM) réunis à Paris en décembre 2009, et visant à « refonder le politique menée par le gouvernement » outre-mer ! Rien que çà ! Dont le nouveau projet dit d’« égalité réelle » scelle l’échec. Comme les Etats généraux (EGOM) ont scellé l’échec des lois-programmes, lois d’orientation précédentes, et autres de même ambition.

S’il faut voir « un très beau symbole » entre la coïncidence du 70e anniversaire de la loi de départementalisation et la présentation de ce projet, c’est bien l’échec de la départementalisation tant en matière d’égalité que de développement. À la Réunion, certes, mais, de manière plus générale, dans les « quatre vieilles colonies ». Car s’il n’y avait pas échec, pourquoi donc remettre une fois encore l’ouvrage sur le métier ?

Autre « symbole », puisque le Premier ministre s’y réfère, c’est qu’à la différence du projet d’égalité « réelle », la loi de départementalisation est née dans les territoires des « quatre vieilles » colonies, bien avant 1946, qu’elle a été portée par le mouvement syndical et démocratique des quatre colonies en 1946, puis par l’ensemble de leur représentation parlementaire. Tandis que ce concept nouveau « d’égalité réelle » et ce projet nous arrivent tout droit de Paris, concocté en « outre-mer sur Seine », par des gens qui, eux, connaissent probablement mieux nos besoins que nous-mêmes. Cela s’appelle – chez nous – le syndrome de la goyave de France.

« Très beau symbole », encore, le choix du rapporteur et porteur de ce « beau » projet : Victorin Lurel. Voilà quelqu’un qui a été ministre de l’outre-mer pendant près de deux ans, de 2012 à 2014, et il a fallu qu’il quitte le gouvernement pour vouloir provoquer « un véritable big-bang » et décréter « l’état d’urgence sociale » dans « les outre-mer » ? Pour que subitement, il découvre les inégalités, y compris en matière de prestations familiales et sociales, dont sont frappés les outre-mer ? Allons, soyons sérieux ! On voudrait nous faire prendre des vessies pour des lanternes qu’on ne trouverait pas meilleur ambassadeur ! De quoi s’est-il donc occupé pendant tout ce temps passé à la rue Oudinot ?

D’autant que Victorin Lurel est un élu multicartes depuis plus d’un quart de siècle : conseiller municipal, maire, conseiller général, vice-président, puis président du conseil général, président du conseil régional et, pendant presque autant de temps, député de Guadeloupe. Ce n’est que maintenant qu’il découvre l’existence des inégalités ? Que n’a-t-il décrété « l’état d’urgence sociale » là-bas quand il occupait le poste de président du conseil général puis du conseil régional ? C’est vrai que « nul n’est prophète en son pays » !

« Très beau symbole » encore : nous sommes à treize mois de l’élection présidentielle de mai de l’année prochaine ; la loi, à en croire son porteur sera votée « avant la fin de l’année » à quelques mois de l’échéance. Lorsqu’on veut porter une loi d’une telle ambition, on le fait en début de mandature et non pas tout à la fin ! Le président, s’il est encore candidat, pense-t-il faire la tournée des « outre-mer », brandissant sa loi et clamer à tous « je vous ai compris » ? Et ainsi engranger des voix ?

C’est oublier le précédent Mitterrand du début 2008, lorsque débarquant à Gillot, s’engageant solennellement devant une foule de Réunionnais(es) en faveur de l’égalité dite « sociale »… pour tout laisser en plan après son élection ! Il a fallu attendre le septennat de Jacques Chirac pour que l’égalité du SMIC, du RMI et des prestations sociales et familiales soit réalisée. Et encore, pas tout à fait pour certaines prestations.

Nous savons ce que valent les promesses et engagements. Surtout après l’expérience du dernier quinquennat. Et cela, c’est pour le cas où il se succède à lui-même, car dans le cas contraire, celui qui arrive s’empresse de défaire ce que son prédécesseur a fait. Cela s’est passé ainsi avec les diverses lois programmes et d’orientation qui se sont entassé ces vingt-dernières années, pour en arriver à cette nouvelle sur « l’égalité réelle »

Alors, « assez roule a nou » !

Quant à ceux – toujours à l’affût d’un épouvantail à agiter - qui pensent et disent que cette « égalité réelle » n’est autre qu’une « autonomie qui avance masquée », qu’ils se rassurent ! C’est un autre concept qui est en gestation, celui de « département franc » avec cette « zone franche globale » - c’est vrai que les Antilles ont un précédent que connaît bien le rédacteur du rapport, avec ses voisins de Saint Martin - qui est annoncée. Avec cette spécificité très particulière qui consiste à faire payer par l’Etat une partie des salaires que doivent payer les employeurs !

Ce qui est tout de même curieux, c’est que Victorin Lurel ne s’est pas penché sur les monopoles et situation de monopole des grands groupes venues de France et d’Europe sur les économies de l’outre-mer et qui fait dire à Patrick Lebreton qu’après 70 ans, « la départementalisation ne nous a pas permis de quitter notre statut d’économie de comptoir » (Le Quotidien du 19/03/16). « Economie de comptoir », voilà un terme utilisé, il y a très longtemps, par un autre socialiste, le président François Mitterrand. Et toujours d’actualité, sauf pour notre ambassadeur de « l’égalité réelle »… A moins que c’est ce qu’il faut justement préserver, sous ce nouveau concept d’« égalité réelle ». Voilà qui expliquerait l’enfumage et toute cette gesticulation à la veille de l’échéance présidentielle….

Georges-Marie Lépinay



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  • Bonjour,

    J’ai remarqué des erreurs dans l’article qu’il faudrait corriger, c’est important pour ne pas être classer " écriture qui laisse à désirer".

    "le précédent Mitterrand de début 2008" au lieu de "le président Mitterrand au début 1988" je pense.

    A part ça, je trouve inadmissible que personne ne pense aux autres outre-mer que sont les TOM comme la Nouvelle-Calédonie (Kanaky pour les Kanaks, indépendantistes ou pas du parti travailliste et/ou du syndicat USTKE pour Union Socialiste de Travailleurs Kanaks Exploités ou encore les Wallisiens, Futuniens, Polynésiens et même St Pierrois de St Pierre et Miquelon où est passé Marine Le pen durant ces 3 derniers jours.

    Pour les océaniens du Pacifique, là bas, il n’y a pas les 35h, le RSA, la Sécu, de déduction fiscale pour les syndiqués, le PACS, l’Euro (mais encore les francs, les beaux CFP), le loto, le PMU, Orange, les monopoles pour internet via l’OPT (office des postes et des télécommunications), la carte vitale... Un projet de tram-train avorté, comme ici hélas..

    Que cela se sache car c’est injuste. Arthur qui vous souhaite de bonnes fêtes pascales.
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