Di sak na pou di

Petite réponse aux ayatollahs de la sainte concurrence

Courrier des lecteurs de Témoignages / 4 mars 2015

Vous qui luttez pour une société solidaire de service public, organisant le droit à l’emploi, pour une mondialisation dont les échanges sont soumis à des règles qui obligent au respect des normes sociales et environnementales, qui interdisent le travail des enfants… Il vous sera difficile d’avoir un débat constructif arguments contre arguments avec les ayatollahs de la sainte concurrence. Si vous prenez le risque, je vous souhaite bien du courage. Persuadés de détenir la science infuse, la vérité révélée, ils diront que vos propos sont de la propagande ! Alors qu’eux, font de la pédagogie !

Ils commenceront d’abord par vous insulter copieusement comme si vous étiez le cancre de la classe. Par exemple, si vous défendez le droit à l’emploi en reprenant les mots de l’économiste anglais Keynes : « La solution au chômage est l’augmentation de la demande des ménages, fruit de l’augmentation des salaires et du plein emploi. » Ils diront que : « Vous crachez en l’air pour dire qu’il pleut » ! Tiens donc ! Dans la foulée, ils vous accuseront d’avoir « une vision simpliste du monde » que vos idées sont des « bêtises archaïques ». En fait, pour ces têtes de premiers de la classe, même le grand économiste John Maynard Keynes serait un puits de bêtise ! Merci pour lui.

De toute façon nous sommes blindés ! Depuis que les mercenaires de l’école de Chicago ont envahi les universités, nos journaux, les ondes et les écrans, pour faire la peau aux thèses de Marx et de Keynes, nous sommes traités de ringards, de conservateurs quand nous défendons les acquis sociaux. De passéistes et même de liberticides si nous demandons que l’Etat reprenne les pôles clés de notre économie. Pourtant, quand nos autoroutes appartenaient au peuple Français, qu’elles étaient gérées par l’État, autant que je sache ce n’était pas le goulag ? De plus nos autoroutes rapportaient des milliards chaque année à la Nation.

Puis, après vous avoir copieusement insultés, nos fameux pédagogues en guise d’arguments vous asséneront le prêt à penser des grands prêtres du néolibéralisme : « Ce n’est pas le carnet de commande qui est déterminant pour une entreprise, (tiens donc !!) c’est la compétitivité nationale, c’est la concurrence, et principalement la concurrence internationale qui pose clairement le problème (…) L’activité d’une entreprise est dépendante de sa compétitivité de sa capacité à être moins chère pour son marché ».

Ah bon ! Le principe de compétitivité vaudrait mieux que celui de coopération, de codéveloppement ? Remarquez, dans leur monde de concurrence guerrière, sans régulation aux frontières, il est très facile d’être moins cher que son concurrent ! Il suffit à un petit malin de fermer son usine en France par exemple, et d’embaucher des couturières au Bangladesh à cent euros par mois ; sans protection sociale contre la maladie, le chômage ; sans droit à la retraite ; et des journées allant souvent jusqu’à 19 heures de travail. Comme en témoignait l’une de ces ouvrières dans un reportage sur France Inter. Elle disait couper 1 000 jeans par jour. Cela pour 100 euros par mois. Imaginez le capital amassé par ce voleur de vies qui les exploite ! De plus, il n’y a pas si longtemps on apprenait que 300 ouvrières ont été brûlées vives dans leur atelier insalubre. No comment ! Mais déjà la concurrence a frappé ! Ce négrier new look n’est plus « le moins cher sur son marché » : un autre plus malin a trouvé au Cambodge des jeunes femmes qui acceptent un salaire mensuel de 50 euros dans les mêmes conditions ! Alors messieurs dames les ayatollahs de la sainte concurrence, dans votre logique et votre monde dérégulé, s’il faut être encore moins cher, la suite, c’est quoi ? La restauration de l’esclavage ?

Il est évident que dans un monde de libre-échange, la réindustrialisation, et donc la création d’emplois marchands en nombre suffisant pour éradiquer le chômage de masse est impossible. On nous répondra que le protectionnisme économique est préconisé par l’extrême-droite. Soyons clairs ! Nous ne sommes pas nationalistes, mais internationalistes. Nous voulons simplement que le peuple français et ceux des départements d’outremer, puissent choisir leurs conditions de vie, sans que leurs décisions soient orientées par les bureaucrates de Bruxelles et les objectifs du capitalisme national et international. Nous voulons simplement rendre la démocratie possible, non seulement pour nous, mais aussi pour les peuples du monde. La charte de la Havane de 1948, qui n’a malheureusement jamais été appliquée, prévoyait des accords économiques entre les pays de façon à favoriser dans chacun d’eux : l’emploi, l’autosuffisance alimentaire, le droit à la santé, et tous les autres droits humains qui permettent de vivre dignement.

Didier Le Strat (Mouvement Politique d’Emancipation populaire M’PEP)


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