Di sak na pou di

Plages de l’Ouest, chronique d’une mort annoncée

Témoignages.re / 18 janvier 2013

L’effondrement de l’esplanade surplombant la plage des Roches Noires n’est qu’un nouvel épisode du phénomène d’érosion qui affecte 50% des côtes réunionnaises et qui semble désormais irréversible du fait d’une artificialisation croissante du littoral réunionnais. L’enrochement auquel la Mairie de Saint-Paul a procédé pour parer au plus pressé est symptomatique de l’étroitesse des marges de manœuvre des élus. On va peut-être freiner l’érosion, mais en accentuant l’artificialisation du rivage, on le fragilise encore plus et on se condamne à devoir recommencer inlassablement la même opération.

Depuis cinquante ans, la pression exercée par les activités humaines s’est considérablement accrue à La Réunion, plus particulièrement sur le littoral où est concentrée la population. Ce sont d’abord de grands travaux d’artificialisation qui sont à l’origine des menaces, comme par exemple l’endiguement des ravines, la construction de ports, de digues, de l’aéroport de Gillot et de la route du Littoral. Cette dernière doit d’ailleurs être régulièrement consolidée par l’ajout de tétrapodes pour éviter qu’elle ne s’enfonce dans la mer. Toutes ces grandes infrastructures modifient les transferts sédimentaires côtiers et ont comme conséquence indirecte l’érosion de portions du littoral éloignées du lieu de leur construction.

Ainsi, au Port, la pointe des Galets a subi une érosion de 230 mètres en 50 ans en raison de la perte des sédiments qui provenaient de la rivière des Galets et qui sont désormais bloqués par la jetée Sud du Port Ouest. Le même phénomène affecte le front de mer de Saint-Benoît depuis la construction de la digue du Butor.

Les menaces, ce sont aussi des activités comme l’extraction d’alluvions dans les rivières, ce qui a comme conséquence de limiter l’apport en sédiments ou encore la dégradation des récifs coralliens qui perturbe leurs fonctions régulatrices.

Enfin, le non-respect de la loi Littoral s’est traduit par la multiplication des constructions en dur empiétant sur la zone de stocks sableux qui permettait une régénération naturelle des plages par le mouvement des vagues. Désormais, l’action de la houle a un impact surtout destructeur. La disparition de la plage de Saint-Pierre en face de l’ex-gendarmerie en est l’exemple le plus frappant. Dans le contexte du changement climatique et de l’élévation du niveau des océans, l’avenir des plages réunionnaises est donc très incertain. A quoi il faut ajouter la menace que fait peser le projet de la nouvelle route du littoral dont une large partie reposera sur deux digues monumentales.

Celles-ci, d’une longueur totale de près de 7 km, auront 100 mètres de large à la base et une hauteur de 18 mètres au-dessus de l’océan, au lieu de 4 mètres actuellement ! Elles vont nécessiter près de 22 millions de tonnes de matériaux, 18 millions de tonnes de remblai et d’enrochements et 4 millions de matériaux alluvionnaires, donc l’extraction aura aussi un coût environnemental. Ces digues auront, en dépit des dénégations officielles, des impacts importants sur le littoral dans la mesure où elles vont modifier les transits sédimentaires.

A Maurice, en Thaïlande, de vastes programmes de lutte contre l’érosion des plages sont mis en place, mais comme à La Réunion, il s’agit en général de travaux accentuant l’artificialisation des côtes et qui risquent de s’avérer coûteux, insuffisants, voire contre-productifs. Reste la stratégie du repli des activités humaines, ce qui supposerait une transformation radicale des activités économiques et d’un mode de vie qu’on aurait pu croire immuable.

Jean-Pierre Marchau


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