Di sak na pou di

Plaidoyer pour une France, terre d’immigration

André Oraison / 21 octobre 2015

« L’immigration : une chance pour la France » : tel est le beau titre d’un livre édité en 1984 par le député Bernard Stasi [1]. Ce plaidoyer pour l’accueil des étrangers n’a pas pris une ride. De fait, la France a toujours été au cœur du monde car elle est une terre d’immigration.

Dès le XIXe siècle, elle a accueilli, par vagues successives, des Italiens et des Polonais en quête d’emploi, des Arméniens menacés de génocide, des Russes chassés par la Révolution d’Octobre, des Espagnols et des Portugais persécutés par les dictatures de Franco et de Salazar. Plus tard, avec le phénomène de la décolonisation, la France a accueilli des populations de l’Afrique subsaharienne, de l’Indochine et du Maghreb. Dès lors, la notion de Français de souche a-t-elle encore une signification ? Aujourd’hui, un français sur quatre à des ascendances étrangères. Qui pourrait le contester ?

Le Général de Gaulle avait déclaré au cours d’une conférence au Kingsway Hall de Londres le 1er mars 1941 : « Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde ». Autant dire que la grandeur de la France est aujourd’hui d’accueillir de nouvelles vagues de réfugiés politiques qui risquent leurs vies en quittant des pays chaotiques comme l’Afghanistan, l’Irak, la Libye ou la Syrie, des pays victimes de désordres innombrables dont les dirigeant européens sont en grande partie responsables.

Même si elle n’a pas toujours été exemplaire en matière de décolonisation, la France a au moins donné au monde son humanisme. N’est-elle pas le pays des Droits de l’homme depuis la Déclaration de 1789, elle-même exportée sur tous les continents ? Convient-il d’ajouter que René CASSIN, prix Nobel de la paix, est à l’origine de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme votée par l’ONU en 1948. C’est dire que la France doit traiter avec la même générosité les personnes qui viennent par nécessité d’Afrique noire, d’Europe centrale, d’Extrême Asie ou du Moyen-Orient, quelque soit leurs cultures et leurs croyances. Une France laïque et sociale doit ouvrir ses bras, sans faire de préférences, aux bouddhistes, aux chrétiens, aux juifs, aux musulmans comme à ceux qui se déclarent athées car elle a vocation à demeurer une société multiethnique, multiculturelle et multiconfessionnelle.

L’immigration n’est pas un fardeau pour la France comme le prétendent certains partis souverainistes, à l’instar du Front national. Accepter l’afflux d’étrangers ne signifie pas la fin de la civilisation occidentale mais son indispensable régénération dans une société en mutation à l’heure de la mondialisation des économies. Le monde change. Il se transforme. Nous devons nous adapter à de nouvelles situations comme la crise économique, les dérèglements climatiques, la montée des océans. Personne ne peut aller à l’encontre d’une loi jamais démentie et formulée par Bouddha – il y 2 500 ans ! – en des termes particulièrement bien frappés : « Rappelez-vous bien mes enfants qu’il n’y a rien de constant si ce n’est le changement ».

Accepter les réfugiés politiques est un moyen d’éviter la sclérose du vieux Continent par une transformation de ses pays membres au triple plan économique, démographique et culturel. Une politique concertée d’immigration par les États de l’Union européenne est un investissement pour l’avenir, une voie pour financer le fragile système de santé et le régime déficitaire des retraites d’une population vieillissante et qui doute parfois d’elle-même. Accepter le flux migratoire que l’on observe aujourd’hui, c’est aussi un puissant levier pour relancer la croissance économique des États européens.

André Oraison, Professeur des Universités

[1B. STASI, L’immigration, une chance pour la France, Paris, Robert Laffont, collection « Franc Parler », 1984, 184 pages.


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