Di sak na pou di

Pôle maritime dans l’Océan indien : Paris fait-il le choix de Mayotte ?

Témoignages.re / 23 décembre 2009

Une sourde rivalité oppose des ports du Sud-Ouest de l’Océan indien. Après Durban, leader incontestable, Port-Louis, Tamatave, la Pointe des Galets et Longoni, veulent se positionner comme second port d’éclatement recevant des bateaux de gros tonnages pour distribuer par cabotage dans la zone les marchandises débarquées. On pensait que la France jouerait la carte de La Réunion, même si certaines initiatives laissaient entendre que Port-Louis pouvait satisfaire ses intérêts.
Lors des 5èmes assises de l’économie maritime et du littoral à Brest, le 1er décembre, Mme Penchard vient de déclarer : « idéalement placés à proximité des grandes routes du commerce maritime, certains territoires ultramarins peuvent développer des plates-formes portuaires et des activités de cabotage. Je pense à Mayotte, située dans une zone de plus en plus troublée, qui offre par sa position géographique privilégiée une sécurité politique et juridique du commerce maritime, indispensable au développement économique ».
La ministre de l’Outre-mer n’exclut pas explicitement de faire tenir à La Réunion un rôle identique. Mais, on voit mal deux ports français jouer la même partition dans la même zone. Ces propos donnent du crédit aux supputations qui privilégiaient ces temps-ci Longoni…
Cela d’autant plus que, dans le même discours, Mme Penchard a très nettement laissait entendre que Paris jouerait la carte de Mayotte dans le domaine maritime.
Elle confirme une décision implicite du CIOM : l’Etat investira 6 millions d’euros « pour la construction d’un centre de recherches et de développement aquacole à Mayotte » avec le concours de l’IFREMER. La Réunion dispose d’un fort potentiel : elle a aidé Mayotte à monter sa filière. C’est pourtant l’archipel qui deviendra un centre de recherche et de développement. Ce qui remet en cause le projet "pôle mer", principale demande de La Réunion lors du Grenelle de la Mer.
Mme Penchard dit souhaiter développer davantage les coopérations régionales avec certaines collectivités d’outre-mer qui « ont des compétences reconnues en matière de gestion des milieux marins et de protection de la biodiversité ». Elle cite deux cas : les Terres australes et Mayotte. La Réunion, malgré sa longue expérience (Kélonia, Parc marin) et ses réseaux, sera-t-elle marginalisée ?
Notre île est cependant citée essentiellement pour deux expériences en matière de maîtrise d’énergies marines avec notamment le projet de centrale d’énergie thermique des mers. Dans un domaine aussi stratégique, les atouts de La Réunion –notamment la mobilisation du Conseil régional- y est certainement pour beaucoup.
Enfin, Mme Penchard évoque un soutien aux compagnies de croisière antillaises. Mais, elle n’a pas dit mot sur le projet réunionnais d’une compagnie maritime.
Est-ce à dire que La Réunion devra plus que jamais tourner le dos à la mer ?

Manuel Socratès


Kanalreunion.com