Di sak na pou di

Politique de la Ville : une « réforme radicale »

Témoignages.re / 3 août 2013

Ce sont les mots-clefs du rapport commandé par François Lamy, Ministre de la Ville à la sociologue Marie Hélène Bacqué, et au responsable de l’Association « AC le feu », Mohamed « Melmach ». Le Conseil des Ministres prend des décisions ce vendredi à ce sujet.

Énième rapport qui redit, avec plus ou moins de force, les mêmes fondamentaux depuis 30 ans. Citons l’essentiel : « Il y a urgence à remettre les citoyens au cœur de la vie de la Cité, et à transformer la politique de la Ville vers une politique d’égalité des territoires, codécidée avec les citoyens ». Cela va bien plus loin que la « rénovation urbaine » !

Sera-t-il enterré au Cimetière des Marins, comme le précédent dit « Brévan-Picard », qui dénonçait l’absence flagrante de tout diagnostic partagé avec les habitants qui y résident.

Ce fût à l’origine du « projet social de territoire » (PST), expérimenté en 2005 sur 20 sites français, dont celui de l’Arrondissement Ouest à La Réunion. La méthode participative mise en œuvre a porté ses fruits. Bousculant les cadres installés, et les habitudes politiques en se basant sur les ressources des habitants et non sur leurs problèmes ; sur la valorisation du vivre ensemble et non sur la stigmatisation, cette « nouveauté » appuyée par le Conseil Général et la CAF, n’a guère été appréciée à sa juste valeur par les services locaux de la Politique de la Ville. C’est là que le bât blesse. La co-construction souhaitée depuis des décennies n’est pas dans la culture administrative et politique, et quelques convaincus en la matière sont vite remis en place, quand l’édifice technocratique leur apparaît menacé.

La crise de l’action publique et en particulier de l’action sociale, est profonde. Elle est parfaitement analysée dans le rapport concordant des Directeurs généraux et de Services de 34 départements français. Ils y dénoncent « la stratification des dispositifs », « les problématiques de réparations des effets » conduisant à des « politiques sectorielles », là où il faudrait une politique « centrée sur les capacités des usagers, en établissant une gouvernance globale, transparente et partagée ».

Les 300 auditions d’acteurs associatifs et de collectifs d’habitants (dont la Fédération des Centres Sociaux), à l’origine du rapport Bacqué-Melmache, ont dénoncé unanimement « l’absence flagrante d’espaces de débat et d’échanges, et la solitude des responsables associatifs ».

« Les habitants des quartiers sont des animaux de laboratoire qui ne sont jamais consultés » affirme le collectif « Avenir Marseille Egalité ». « La démocratie participative telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui ne sert qu’à neutraliser les luttes, à alimenter le clientélisme, et à acheter la paix sociale » ajoute l’Association « Valeurs des quartiers-Agora » de Vaulx en Velin.

Bien des acteurs Réunionnais partagent ces points de vue, et nous pouvons dire que nous avons ici une longueur d’avance sur les démarches proposées.

Nous sommes prêts, en ce sens, à expérimenter, parmi les premiers, au moins deux des 30 propositions du rapport : (parce que cette politique a 30 ans !)
- la création d’une autorité administrative indépendante chargée de gérer un « fonds pour l’interpellation citoyenne », financé par un prélèvement sur le financement aux partis politiques (1%) et la réserve parlementaire (10%)
- l’engagement de démarches de co-construction pour la négociation des futurs contrats de Ville, par des « tables de concertation » comprenant au moins 50% d’habitants des quartiers. À La Réunion, ce n’est pas difficile à faire, s’il y a une volonté politique pour la négociation.

À bon entendeur, salut !

Marc Vandewynckele


Kanalreunion.com