Di sak na pou di

Pour la mise en œuvre d’un autre modèle de développement

70 ans après la loi sur la départementalisation

Reynolds Michel / 15 mars 2016

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Le problème numéro un à La Réunion, c’est le chômage.

Le changement est nécessaire. La mise en œuvre d’un nouveau modèle économique relève de l’urgence. C’est la conclusion que tirent les bons observateurs de la société réunionnaise, 70 ans après le vote de la loi du 19 mars 1946 transformant La Réunion, de vieille colonie en département français. Non pas pour dire que la société réunionnaise ne s’est pas transformée en profondeur, bien au contraire. À partir des années soixante, les transformations ont été rapides profondes et généralisées. C’est donc plutôt pour souligner la face négative de la réalité, c’est-à-dire les effets catastrophiques sur le plan humain d’un modèle économique, dit de rattrapage, qui jette depuis des décennies des fractions entières de la population réunionnaise dans la dépendance. Et conséquemment d’inviter à un changement radical de cap.

Le paradoxe réunionnais

Pourquoi un changement de modèle économique s’impose-t-il comme une nécessité ? N’y a-t-il pas moyen de corriger les effets désastreux soulignés ci-dessus ?

Le paradoxe entre une croissance particulièrement dynamique – plus de 4 % par an depuis 1993, soit le double de celle de l’économie hexagonale ‒ et un taux de chômage endémique de trois à quatre fois supérieur à celui de l’Hexagone, soit environ 30 %, ne cesse d’interroger, depuis quelques années, les spécialistes des petites économies insulaires, hommes politiques et d’acteurs de terrain, compte tenu notamment de ses conséquences désastreuses en termes d’inégalités et de dépendance.

On ne peut, de toute évidence, faire l’impasse sur cette inadéquation. Mieux, il convient d’interroger le rapport existant entre cette croissance, fruit d’un certain modèle de développement, et les inégalités scandaleuses que nous constatons dans ce département (Voir INSEE Partenaires, Une situation sociale hors norme, n° 25, août 2013).

S’agit-il d’un développement qui n’a pas encore produit tous ses effets ou le prix à payer d’un type de développement économique et social, inspiré d’un retard à rattraper et fondé sur les transferts financiers ?

Des réponses données à ces questions découlera le type de développement économique et social qui sera mis en œuvre pour y répondre. Est-ce dans la continuité du modèle suivi jusqu’ici ou en rupture avec lui ?

L’urgence d’un changement de modèle économique

Les inégalités économiques qui jettent dans la précarité et la dépendance une fraction importante de la population réunionnaise ne sont pas tombées du ciel. Elles sont les fruits amers de la politique économique et sociale menée jusqu’à présent ; une politique inspirée de l’idéologie de rattrapage et fondée sur les transferts publics massifs, au nom de la solidarité nationale.

Cette politique économique et sociale reposant sur les transferts financiers et autres dérogations fiscaux est venue booster la consommation publique (environ 37 % du PIB) et celle des ménages ‒ les revenus de transfert représentent plus de la moitié des revenus totaux des ménages les plus pauvres ‒, avec pour effets une vive progression des importations et des activités de services, marquant ainsi l’appareil productif réunionnais d’une forte tertiarisation (le secteur des services représente 72 % du PIB marchand).

Lorsqu’on sait le pouvoir d’attraction des grandes firmes spécialisées dans l’import-distribution sur la demande interne et l’importance de la fonction publique et le haut niveau des salaires publics ‒ un salarié sur trois et absorbe 43 % des rémunérations totales (en 2004), on sait qui sont les gagnants et les perdants.

À La Réunion, comme le disait l’économiste Éliane Mossé, nous avons affaire à un « développement qui tient plus à des transferts massifs, réalisés au nom du rattrapage avec la métropole, qu’à la croissance de l’économie interne  ». Et l’auteure du Rapport : « Quel développement économique pour les départements d’outre-mer » (1999) d’ajouter : « A l’évidence les politiques menées jusqu’à présent n’ont pas encore réussi à inscrire l’économie des DOM dans une logique de développement ».

Toutes les études, recherches et rapports tirent la même conclusion depuis plus d’une décennie : l’urgence de changer radicalement de modèle, en inscrivant l’économie de notre île dans une logique de développement harmonieux et solidaire. Il faut en finir en bonne fois avec une idéologie de rattrapage qui fait de notre île une société de plus en plus inégalitaire et source de précarité.

La Réunion doit chercher sa propre voie en comptant sur ses propres ressources et forces tout autant que sur la nécessaire solidarité nationale. Son développement, outre son insertion dans l’espace français et européen, n’est possible que si elle tient également compte de son ancrage dans l’Océan Indien en s’agrégeant autant que possible aux blocs économiques australs naissants. D’où l’appel de Wilfrid Bertile à la mise en œuvre d’un projet réunionnais global adapté à l’identité et aux défis spécifiques de La Réunion.

Reynolds Michel


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