Di sak na pou di

« Pour nous, à La Réunion, le réveil pourrait être brutal ... »

Raymond Lauret / 2 janvier 2015

J’ai lu avec plaisir les vœux que, par presse interposée, Monseigneur Gilbert Aubry a adressés aux Réunionnais. J’ai, une fois encore, apprécié la capacité de notre évêque à appeler ses compatriotes à « assumer, pardonner, se pardonner, se transformer, agir et transformer, créer ». Oui, comme il a raison, Gilbert Aubry, de nous dire que l’ « on ne peut pas seulement vivoter et laisser filer ». Oui, il a mille fois raison d’inviter chacun d’entre nous à « s’engager ». Car, ajoute-t-il, « nous avons à évoluer dans nos mentalités, à faire évoluer ».

Me revient à l’esprit ce jour où le Maire du Port proposait qu’au cœur de la ZUP soit élevé un grand jardin dans lequel places seraient faites à quatre communautés religieuses, pour y vivre en parfaite harmonie. L’idée, aussitôt mise en œuvre par un architecte paysagiste, fut dans la foulée soumise aux responsables religieux portois. Nos amis musulmans qui, disposant déjà de trois mosquées dans la ville, proposèrent que les autres aient priorité. La communauté tamoule, par la voix d’Adrien Minienpoullé, donna son accord ainsi que les responsables de l’Eglise Adventiste et de la Mission Salut et Guérison. Le prêtre curé du Port de l’époque était, pour sa part, assez hésitant. Il s’en ouvrit à son évêque, lequel, sans doute après avoir expliqué à son interlocuteur le côté profondément positif de l’initiative de la ville, se chargea personnellement de nous appeler pour nous dire que l’Eglise catholique voulait être pleinement associée à la démarche municipale d’une zone cultuelle.

Gilbert Aubry montrait ainsi qu’il était sur la même hauteur de vue de Paul Vergès dans le grand et généreux souci d’œuvrer pour que l’unité de la population réunionnaise s’ancre profondément dans l’engagement personnel qu’une très grande majorité de réunionnais manifeste à travers leurs religions respectives. Et lorsque notre évêque écrit aujourd’hui dans ses vœux : « Pour nous, à La Réunion, le réveil pourrait être brutal. Il est urgent de sortir des clivages politiciens du pouvoir pour le pouvoir. Tout en étant différents, n’y a-t-il pas moyen de mettre ensemble les bonnes idées pour rechercher des solutions qui collent au terrain... », c’est encore, c’est toujours le même discours de l’homme profondément Réunionnais qu’est Gilbert Aubry qui nous appelle à « nous accepter différents, nous apprécier, valoriser en nous et dans les autres ce qu’il y a de meilleur... ».

En souhaitant moi aussi bon vent à notre petit bout de terre, région française ultra périphérique de l’Europe au cœur de l’Indianocéanie, je veux ici saluer Monseigneur Aubry pour la vision de demain qu’il nous invite tous à partager.

Raymond Lauret


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