Di sak na pou di

Pour un bilan de compétences de notre île

Témoignages.re / 20 juin 2013

Au niveau individuel la possibilité de faire un bilan de compétences permet de détecter les talents et le potentiel d’une personne. Bien au-delà de son niveau scolaire et de ses diplômes, chacun de nous a des possibilités dont il ignore souvent l’envergure. Il s’ensuit des gaspillages considérables de talents au niveau national. Il en va de même au niveau des territoires, en particulier lorsqu’ils sont parfaitement circonscrits aux contours d’une île.

Un bilan de compétences s’impose pour identifier les potentiels et les savoir-faire de notre île. Il s’agit d’aller au-delà d’un inventaire à la Prévert répertoriant nos paysages, nos plages, notre climat, notre musique ou notre cuisine. La mise au point d’une méthodologie solide pour dresser ce bilan de compétences reste à repérer ou à inventer. Nos forces, nos faiblesses doivent faire l’objet d’un constat objectif et complet sans aucune censure. Lorsque le lieutenant-colonel Morisot du centre du service national constate qu’une partie (pas tous bien sûr !) des jeunes Réunionnais sont paumés, illettrés ou inadaptés aux exigences de la société, il vaut mieux le reconnaître et en prendre conscience plutôt que de se voiler la face et vouer aux gémonies celui qui a osé décrire cette réalité pourtant incontestable. En se voilant la face nous risquons tout simplement de maintenir notre île dans sa situation désespérante.

Le copier-coller, fut-il adapté, de ce qui se fait dans l’Hexagone pour l’Hexagone est définitivement sans issue : c’est, de fait, la poursuite d’un colonialisme qui se cache derrière un déluge de flux monétaires qui ne sert qu’à entretenir consommation, gaspillages et retours financiers vers les entreprises de métropole. Nous sommes en pleine addiction collective pour ces transferts qui tétanisent toute pensée originale d’un autre avenir que d’être pendus aux basques de la mère-patrie. Nos ressources naturelles, nos infrastructures sont des trésors sous-exploités. Notre isolement géographique a disparu avec les nouvelles technologies. C’est une donnée récente et nouvelle qui change la donne. En revanche le poids persistant de la sous-éducation explique en large partie nos difficultés.

Quand je vois que l’Islande avec ses 320.000 habitants va se doter de serveurs sécurisés pour héberger les documents confidentiels de journalistes soumis à la censure, de dissidents vivant dans des pays dictatoriaux, en se dotant sur le plan légal d’un  "bouclier juridique"  destiné à protéger les données hébergées sur son territoire contre les attaques judiciaires venues de l’étranger, je me dis que La Réunion avait le potentiel humain et technique pour le faire.

Encore fallait-il en avoir l’idée et ne pas être sous la coupe d’une métropole qui régente tout et nous infantilise depuis plus de trois siècles. Ce cordon ombilical que nous n’avons toujours pas coupé n’est-il pas devenu une chaîne qui nous lie à un boulet métropolitain fort pesant ? Il nous faut libérer notre pensée collective vers l’innovation tous azimuts et cela passe par un bilan de compétences des forces et faiblesses de notre île. Le CESER (Conseil économique, social, environnemental régional) de la Réunion pourrait s’emparer de ce bilan, même si des exercices analogues ont été menés dans le passé.

Reste que si on veut vraiment progresser et innover il faut obligatoirement faire abstraction de notre dépendance vis-à-vis de la métropole et reconnaître nos lacunes sans exclusive. En sommes-nous capables ? La question n’est donc plus au trop réducteur « nou lé pa plis, nou lé pas moin » mais à un ambitieux « kosa nou gagn mié fé ? »

 

Charles Durand

Le Brûlé – Saint-Denis


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