Di sak na pou di

Pour un journalisme mobilisateur

Témoignages.re / 20 mars 2013

Jeudi 14 mars 2013, lendemain de l’élection du Pape François, le sujet est d’actualité dans tous les médias. Sur un plateau de télévision, l’Evêque est invité à parler de cette nouvelle figure de la papauté. Jusque-là, on est dans le sujet, et du Pape François, on retient le caractère lumineux d’un homme libre et proche des pauvres. Trop beau ? Trop irréel dans notre monde en crise ? Le journaliste entreprend alors, dans les trente dernières secondes de l’interview, de nous replonger dans l’eau trouble du caniveau : « Monseigneur, que saviez-vous de cet ancien séminariste de votre diocèse mis en cause dans une affaire qui vient d’être jugée par le tribunal de grande instance de Lyon ? »
De la lumière d’une vie donnée à la promotion du pauvre, au nom de la justice de l’Evangile, on bascule brutalement dans les recoins obscurs et ténébreux de l’être humain, comme pour dire : « Réunionnais, surtout, ne crois pas à l’élévation de ton âme, capable de te faire participer à la construction d’un monde plus juste et plus solidaire ! Renonce à toute illusion de mieux-être personnel et collectif ! Laisse-toi gaver des crottes ramassées pour toi dans les caniveaux de nos vies… »
A force d’être soumis à ce régime, un peuple ne perd-il pas sa force de mobilisation pour se propulser en avant, imaginer des lendemains meilleurs, et s’armer pour les réaliser ? Or, le journalisme, parce qu’il sélectionne de fait les événements dont il parle, parmi des dizaines d’autres qui resteront inconnus, imprime un sens à son discours. Ne pouvons-nous pas attendre de lui une aspiration vers le haut ? Les bas-fonds de la société ne nous sont que trop familiers. Par contre, notre désir de changement est fragile. Trop de prophètes de malheur désamorcent notre énergie vitale. Pourquoi s’y résoudre ? Pourquoi les médias n’engageraient-ils pas un débat sur le journalisme, à considérer hautement comme un moteur de notre action ?

Père Stéphane, SJ


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