Di sak na pou di

Pour un musée de la prison Juliette-Dodu !

Témoignages.re / 10 septembre 2014

Refuser la signature de l’oubli pour préserver les mémoires de Saint Denis.

Monsieur le Maire de Saint Denis, il semblerait qu’il ne manque plus qu’une dernière signature, pour amputer la ville de Saint Denis de l’un de ses plus illustres lieux de mémoire.
Lieu de souffrance, de solitude, de privation et parfois de mort, la prison Juliette-Dodu a aussi été un lieu de vie, d’échanges, de cris et de mélanges. Ce lieu de mémoire sera bientôt effacé de nos mémoires collectives. Ses murs détruits, ses traces et ses empreintes démolies, son histoire et ses milliers d’histoires ensevelies sous la poussière d’un temps oublié.
A tous ces prisonniers, ayant passé des années entre ces murs, vous choisissez de leur dénier toute histoire, toute identité. A tous ces réunionnais qui ont travaillé comme surveillants de ces vies enfermées, comme aumôniers de ces âmes condamnés, ou encore comme médecins de ces hommes et femmes blessés, vous refusez de garder l’empreinte de leur passé. Rentrez chez vous, il n’y a plus rien à voir ! Plus rien à se souvenir ! Cette histoire est un passé qu’on ne souhaite pas conserver. Le temps présent et ses urgences doivent primer.

Quand l’oubli s’impose face aux mémoires de vies…

Face à cette signature de l’oubli, nous sommes un certain nombre, d’ici ou d’ailleurs, de la société civile et civique à revendiquer le droit à la mémoire, le droit à la protection de notre patrimoine matériel et immatériel, le droit au souvenir comme chemin vers un autre avenir. Ensemble, au sein d’un collectif citoyen, nous travaillons depuis quelques temps sur un projet de musée, interactif et vivant, qui occuperait une partie seulement de l’ancienne prison Juliette Dodu. Il serait tout à la fois un lieu de mémoire, de réflexions, de recueillement, en interaction avec son public, et ouvert à tous-tes. Notre projet est déjà prêt et nous le tenons à votre disposition.

Monsieur le Maire, nous ne contestons pas la nécessité pour Saint-Denis d’augmenter le nombre de ses logements, notamment sociaux. Néanmoins, nous pensons que les urgences du présent ne doivent pas être un prétexte pour nier complètement les souffrances du passé.

Monsieur Sudel Fuma, l’historien décédé tragiquement ce mois ci, travaillait aussi depuis quelques temps à la création d’un tel lieu. Selon certains de ses proches, il voulait aussi transformer cette prison en lieu de mémoires, notamment celle de Furcy le non-esclave ou encore celle d’Eli, le commandeur qui a mené la révolte des esclaves à Saint-Leu, sur laquelle il avait tant travaillé.
En sa mémoire, mais aussi et surtout en mémoire de tous ceux et celles qui ont été liés, de près ou de loin, aux murs de la prison Juliette-Dodu, Monsieur le Maire, nous vous demandons de transformer votre signature de l’oubli en celle du souvenir. De lieu de souffrance mais aussi d’espérance, la prison de Dodu doit devenir lieu de mémoire et de nouvel espoir.

Le collectif pour la mémoire de la prison Juliette Dodu


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