Di sak na pou di

Pourquoi avoir peur des communautés ?

Témoignages.re / 13 novembre 2012

Des citoyens engagés, des politiques avisés, des journalistes conscientisants ou des universitaires éveilleurs considèrent qu’on ne peut, notamment à La Réunion, utiliser ce mot, le considérant comme « excluant », ou contredisant l’affirmation de l’interculturalité réunionnaise.
Or, ce mot de « communauté » est tellement utilisé qu’il faudrait bien en débattre, à la recherche de son sens profond.
Pourquoi donc personne ne semble remettre en cause la notion juridique du mariage « sous le régime de la communauté » ; les communautés de vie multiséculaires, la communauté nationale, la communauté économique européenne, les communautés de communes, etc., et que ce terme, ayant trait aux relations humaines, donne des boutons à plus d’un en France, alors qu’il est un modèle d’action dans les pays anglo-saxons, en Amérique latine, au Canada, en Belgique et dans d’autres pays européens ?
Il faut bien admettre que dès sa naissance, la République « une et indivisible » s’affiche comme le garant de l’intérêt général, alignant les citoyens à égalité du titre qu’elle leur confère.
C’est l’application philosophique du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau (Livre II – Ch.III) : « Il n’y a pas de société partielle dans l’État, et chaque citoyen n’opine que d’après lui ».
D’où son allergie à la vie associative qui ne sera autorisée qu’en 1901, sans parler des conflits politico-religieux par rapport aux congrégations, et de l’interdiction des langues régionales.
C’est ainsi que s’est développée une méga machine sociale institutionnelle et centralisée avec son cortège contemporain de « guichets uniques ».
Quand les mécanismes de l’économie libérale ne suffisent pas à résoudre les problèmes, la main visible du politique prend en charge leur solution tout en en profitant.
L’analyse des dimensions de la crise par Nicole Questiaux, Ministre de la Solidarité en 1981, lui faisait dire : « Il faut bien laisser la scène sociale à ses acteurs, en réactivant les solidarités primaires ». Les Belges disent plus simplement : il faut réarticuler les solidarités froides et les solidarités chaudes, à commencer dans la première communauté qu’est la famille, puis la famille élargie au voisinage, et tous les micro-espaces de vie sociale qui ne manquent pas à La Réunion. C’est là que les personnes de tous âges et de toutes cultures font l’apprentissage de leur identité personnelle et autonome, de leur vie en société, de leur auto-organisation active pour faire face à leurs besoins, chacun comprenant, acceptant et soutenant le rôle et la fonction des autres.
On ne va pas nier le risque de l’enfermement des communautés sur elles-mêmes entraînant le rejet des autres, les messianismes et intégrismes…
Cette peur de « communautarisme » tout aussi dangereux que le « collectivisme » dans les « collectifs » qui ne sont jamais suspectés nous appelle simplement à une pratique d’éducation populaire faisant en sorte que chaque communauté devienne un acteur du changement social dépassant ses frontières et ses différences dans une action commune : un espace intermédiaire entre l’individu et la société.
C’est cette imbrication des communautés les unes dans les autres qui crée l’interculturalité (notre « batarsité », comme dit Aude Emmanuelle Hoareau) « L’idéal ne serait-il pas qu’en tant que Créoles réunionnais, nous prenions en main la différence, que nous la cultivions, la protégions, en faisions un joyau ? ». Une cohésion sociale à repenser sur ces bases pour lutter contre l’exclusion.

Marc Vandewynckele


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