Di sak na pou di

Pourquoi il faut maintenir le bonus COSPAR ?

Témoignages.re / 23 août 2011

Il n’y a pas que les syndicats pour réclamer une hausse du pouvoir d’achat, les économistes aussi. Ainsi, le directeur de la recherche économique de Natixis, Patrick Artus*, s’inquiète-t-il de voir se généraliser dans les pays de l’OCDE le modèle « très dangereux » de la stagnation des salaires. M. Artus plaide donc pour que l’on distribue à nouveau les gains de productivité aux salariés, ce qui suppose à ses yeux pour la France « une négociation salariale suffisamment centralisée pour que les plans des entreprises puissent être coordonnés ». « Une hausse coordonnée des salaires profiterait à toutes les entreprises », ajoute-t-il.

Il est vrai que le 21 juin 2011, lors de notre première réunion de négociations, nous n’étions pas dans une démarche coordonnée de l’ensemble de l’entreprise.
A cette date, en effet, la CGPME était hors jeu et pouvait encore se considérer comme n’étant pas dans l’obligation de verser ce bonus à ses salariés suite à sa requête lancée au Conseil d’État en juin 2010 contre l’extension de l’accord régional interprofessionnel (accord COSPAR).
Mais en date du 30 juin 2011, le Conseil d’État rejetait la requête de la CGPME.
De ce fait, la CGPME a elle aussi l’obligation de verser aux salariés de leurs entreprises le bonus COSPAR. Depuis le rejet de cette requête, l’argument avancé par le MEDEF pour refuser de signer un nouvel accord n’est plus valable.
En effet, le MEDEF argumentait dès lors que ses entreprises versaient le bonus et que les entreprises CGPME du même secteur refusaient de le verser, les entreprises adhérentes au MEDEF pouvaient à juste titre se plaindre d’une concurrence déloyale.

Depuis le rejet de la requête, MEDEF et CGPME joueront avec les mêmes règles du jeu. L’argument de la distorsion de la concurrence ne tient plus la route et n’a donc plus lieu d’être.
Il en résulte qu’à ce jour, ni le MEDEF, ni la CGPME ne peuvent économiquement justifier le refus d’un accord pérennisant le bonus.
Certes, toutes les entreprises ne roulent pas sur l’or, mais en retirant des dizaines de millions de liquidités dans l’économie réunionnaise, les entreprises, collectivement, prennent le risque de voir leur situation se dégrader davantage. Les entreprises les plus fragiles seront les premières à tomber, tout comme dans un corps humain, les cellules affaiblies et malades sont les premières à mourir. Ceci pour dire que la CGPME et les petites entreprises devraient se joindre aux salariés pour mieux éclairer les patrons du MEDEF sur la nécessité de pérenniser l’accord COSPAR. CGPME et salariés, même combat !

De l’intérêt collectif qui émerge d’une pérennisation du bonus et fort d’un bilan globalement positif de ces trois années d’application, nous sommes en droit de nous attendre à voir l’accord régional interprofessionnel reconduit selon les mêmes termes.

N’oublions pas qu’aux États-Unis, c’est pour avoir vendu des maisons à des salariés dont le pouvoir d’achat diminuait d’année en année au bénéfice du capital que le système financier s’est effondré, et qu’à ce jeu-là, des banques parmi les plus grosses ont perdu le total et le capital.

L’expérience de la dernière crise économique nous enseigne qu’en définitive, personne n’est à l’abri des conséquences d’une crise. Petites, moyennes et grosses entreprises se fragilisent et font faillite. Et là où passe la crise, la précarité et la pauvreté se développent et tout le monde finit par perdre.

Ce combat contre la pauvreté et la précarité relève de notre devoir à tous. Dans un désert économique, aucune entreprise, hors les organisations humanitaires, ne peut survivre longtemps sans client.

Si nous sommes d’accord avec Muhammad Yunus (économiste père du micro-crédit) pour dire que « la pauvreté dans le monde est une création artificielle », alors nous pouvons affirmer sans contestation possible : MEDEF, CGPME, économistes et salariés, même combat !!!

Lequel combat passe nécessairement par une meilleure distribution de la valeur ajoutée dont le salarié compte pour une bonne part dans sa fabrication. Même Warren Buffet, milliardaire parmi les plus riches du monde et adepte fanatique du capitalisme financier, a fini par se rendre compte de cette vérité universelle d’une juste redistribution ! Et d’ailleurs, comment peut-il en être autrement ? Si Warren Buffet veut voir ses actions continuer de prendre de la valeur, encore faut-il que ses sociétés et ses usines continuent d’exister et, pour cela, que des salariés soient ses clients et consommateurs de ses biens et services !

Il ne s’agit pas de la part de ces milliardaires de philanthropie, mais de pragmatisme et de logique économique. Mais si les tenants de l’hypercapitalisme aveugle et dévastateur comprennent désormais cette nécessaire logique de redistribution, il n’y a aucune raison pour que nos patrons ne le comprennent pas. Seraient-ils moins éclairés que ceux d’ailleurs ? Ou, peut-être, tout simplement plus craintifs sur leur réelle capacité de faire évoluer notre société...

Paul Junot

* Patrick Artus est professeur à l’École polytechnique, professeur associé à l’Université Paris Panthéon-Sorbonne, membre du Conseil d’analyse économique, du Cercle des économistes et membre de la Commission économique de la Nation, est un des meilleurs spécialistes français en Économie internationale et en Politique monétaire.


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