Di sak na pou di

Pourquoi je suis pour la MCUR

Témoignages.re / 12 août 2009

Un certain nombre de Réunionnais continuent, de bonne foi, à attaquer le projet de Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Ils manquent d’informations en particulier sur les buts même de ce projet, sur ses “pourquoi ?”. Il est une vérité ancienne, mais qui devient de plus en plus évidente : les Réunionnais sont fiers de leur culture réunionnaise. Mais s’ils la vivent (en notre langue créole, nos musiques et nos danses, notre cuisine, notre architecture — ce qui reste de notre architecture) —, ils ne la connaissent souvent que d’une manière bien imparfaite.
Connaissons-nous notre histoire ? Notre littérature ? Qui parmi nous peut s’enorgueillir de bien connaître Parny ? Et Dayot ? Et même Leconte de Lisle ? Et notre si riche littérature orale ? Cette grave lacune, la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise veut contribuer à la combler.
C’est la première raison pour laquelle je suis pour la MCUR.

Notre noyau culturel par tous partagés (dont nous ne savons pas toujours que nous le partageons, qu’il est, doit être, un lien très fort entre nous) s’enrichit de toute une diversité culturelle venue de France, de l’Inde, de Chine, d’Afrique, de Madagascar, d’ailleurs encore. Combien de Réunionnais peuvent se vanter de bien la connaître, cette diversité — d’en connaître ne serait-ce que l’essentiel ? Combien savent de façon claire ce que nos ancêtres africains, chinois, français, indiens, malgaches ont apporté à La Réunion… ce que les civilisations dont ils étaient les filles et fils ont apporté au monde entier ?! L’un des buts de la MCUR est de mettre à notre portée la connaissance de cette diversité, de la richesse de nos civilisations originelles.
C’est la deuxième raison pour laquelle je suis pour la MCUR.

Mis à part quelques spécialistes, quel Réunionnais peut expliquer clairement ce que l’architecture créole doit à la France, à l’Inde, ce que la cuisine créole doit à l’Inde encore, aux provinces de France, à l’Afrique, à la Chine, ce que séga et maloya doivent à l’Afrique, à Madagascar, à l’Europe ? Combien savent vraiment ce qu’aujourd’hui chacun d’entre nous doit — culturellement, dans son identité profonde, dans sa conception de la vie, des relations sociales — aux autres, à tous nos autres ? Cela dit, notre culture réunionnaise n’est pas une simple juxtaposition de faits culturels divers. Elle est issue de la fusion, de l’intégration d’éléments divers venus de nombreux horizons. Ce processus, qu’avec fierté nous appelons créolisation — avec fierté parce que, par essence, c’est l’acceptation de l’autre, la négation de la xénophobie —, la MCUR se propose de faire la démonstration de sa réalité, de son importance.
C’est la troisième raison pour laquelle je suis pour la MCUR.

Deux graves dangers recommencent à miner la société réunionnaise : le racisme et le communalisme. Il suffit d’être un tant soit peu à l’écoute de notre population pour s’en rendre compte. Les ferments d’opposition entre les personnes, les “communautés” font leur sale travail. L’autre est « noir »… ou « blanc », avant d’être réunionnais ou même simplement humain. Il mange des « zandètes » ! du « tang » ! du « cabri » ! Il ne mange pas de « bœuf » ! de « cochon » !. Tout ce qui — le racisme ancien étant en voie de dépérissement — commençait à nous sembler normal, voire ordinaire, banal, redevient objet de mépris, haïssable.

Deux méthodes peuvent être envisagées pour régler ces problèmes : la première consiste à laminer les différences. Elle est encore assez largement pratiquée aujourd’hui, bien que l’on sache depuis longtemps qu’elle ne peut conduire qu’à l’échec. On ne barre pas d’un coup de crayon (ou même de plusieurs) les différences de religion, de croyances, de langages… La deuxième solution est de reconnaître et de valoriser notre diversité, tout en valorisant — et c’est tout aussi essentiel — ce qui nous rassemble. C’est cette deuxième solution — la seule possible — que la MCUR propose, et qu’elle expose clairement dans son projet scientifique.
C’est la raison fondamentale pour laquelle je suis pour la MCUR.

Je suis d’autant plus pour la MCUR qu’aujourd’hui, à La Réunion, il n’y a pas de structure pour glorifier nos cultures ancestrales, toutes nos cultures ancestrales — si nombreuses et si vastes qu’elles couvrent un large champ de la culture mondiale ; montrer ce que La Réunion doit à chacune d’elles ; expliquer comment ces différents apports ont largement fusionné pour donner une culture originale : la culture réunionnaise.
Il n’y a pas de structure valorisant la diversité réunionnaise et œuvrant à notre unité.
La MCUR doit être cette structure.

Axel Gauvin


Kanalreunion.com