Di sak na pou di

Pourquoi n’ai-je pas basculé dans le terrorisme radical ?

Frédéric Paulus / 11 août 2016

Pardon cher lecteur d’évoquer des éléments intimes qui peuvent être versés aux débats qui s’ouvrent sur ce thème dans notre pays. Un pays qui a bien voulu accueillir ma famille, sans trop d’enthousiasme, il est vrai, puisque nous entendions dire, ici ou là : « retourne dans ton pays sale Pieds-noirs ».

Après une enfance heureuse, c’est le conflit qui allait à terme se solder par le divorce de mes parents qui transforma cette vie en périodes chaotiques et non sécurisantes, sans toutefois égaler « les enfants du chaos » décrits par Alain Bertho (2016).

A ces insécurisations liées au contexte familial, s’ajoutaient des changements d’attitudes de nos camarades de classe du fait du début des altercations entre la communauté française et les Algériens jusqu’à notre rapatriement en France métropolitaine, en 1961, alors âgé de 11 ans.

Ma scolarité, séparé de mon père et confié à notre mère mon frère aîné et moi, nous manquions d’encadrement paternel. Jusqu’en troisième ma scolarité ne fut pas très brillante, sauf qu’en maths, nous étions classés, Colette R et moi, alternativement en tête. Le grain de sable pour mon passage en seconde vint du professeur de français qui me prit en grippe. Pour éviter une orientation en CAP chaudronnerie, je fus admis comme redoublant à Auterive (31) près de la ferme de mon père. Je retrouvais le contexte champêtre de mon enfance, avec une configuration familiale différente puisque mon père se remaria. Et progressivement je compris que je ne lui succéderais pas à la ferme.

Redoublant ma troisième, mon nouveau professeur de mathématiques n’acceptait pas mon niveau en maths et régulièrement refusait de me solliciter pour résoudre les problèmes qui étaient présentés au tableau. Les maths étaient ma fierté avant ce redoublement. Mon orientation en seconde fut une voie de garage au Lycée de Muret où je préférais être « collé », le dimanche que de rejoindre la nouvelle famille de mon père.

Plusieurs années après, lorsque je fus licencié en psychologie, mon père s’arrangea, alors élu représentant de parents d’élève dans ce collège, du fait de la scolarité de ma petite sœur, à informer ce professeur de mon succès en licence. Lorsque je croise ce dernier dans à la rue, il s’arrange à changer de trottoir.

Il ne m’est pas venu de déplacer mon ressentiment sur tous les « Pathos » de nous avoir réservé, nous Pieds-noirs, un accueil mitigé, certainement plus accueillant que certains boat-people qui traversent courageusement la Méditerranée au péril de leur vie, ou encore de projeter les ressentiments que je conserve encore à l’égard de ce professeur de maths sur l’ensemble du système scolaire.

Une petite piqûre de rappel de ce passé peu accueillant ressurgit lorsqu’il n’était pas rare de voir sur les murs, dans les années 90, « Zoreils dehors ». Il est vrai que je ne fréquente pas les moquées salafistes et que j’ai pu avoir, surtout sur le plan familial des compensations, ma réussite sur le plan professionnel, à La Réunion, laissant à désirer.

Frédéric Paulus
Saint-Denis


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