Di sak na pou di

Pourquoi une décennie pour les personnes d’ascendance africaine ?

Reynolds Michel / 4 avril 2015

« Afrique j’ai gardé ta mémoire. Afrique tu es en moi »
Jacques Roumain

Le 10 décembre dernier, à New York, sous l’égide de l’Assemblée générale des Nations Unies, a été officiellement lancée la Décennie pour les personnes d’origine africaine. Pourquoi une décennie consacrée aux personnes d’ascendance africaine, relativement bien insérées dans divers pays à travers le monde, donc bien loin d’être des apatrides ? Est-ce parce que les chaînes de la discrimination raciale continuent à tristement les handicaper, pour parler comme Martin Luther King ? Et ce, malgré leur immense contribution à la construction de toutes les sociétés de l’Amérique et de la Caraïbe, de l’Océan Indien et d’autres régions du globe ! Pourquoi ce manque de reconnaissance, de justice et d’équité ?

Les personnes les plus pauvres et les plus marginalisées

Pour le Président de l’Assemblée générale, Sam K. Kutesa, le lancement de cette Décennie, prouve que les difficultés touchant les personnes d’ascendance africaine de par le monde perdurent et sont une source de préoccupation pour les Nations Unies. La Décennie, a-t-il déclaré, nous permettra d’explorer les défis auxquels elles sont exposées, en raison du racisme et de la discrimination raciale persistants dans nos sociétés, tout en ajoutant, dans la foulée, que la Conférence mondiale de Durban contre le racisme…, en août/septembre 2001, a confirmé ce « que nous tenions tous déjà pour être vrai, à savoir que les personnes d’ascendance africaine souffrent encore des conséquences résiduelles de l’esclavage, de la traite des esclaves et du colonialisme » (www.un.org/fr/events/africandescentdecade).

D’où, selon le Président, l’importance de cette Décennie pour les personnes d’ascendance africaine de par le monde. J’invite, a-t-il déclaré, les États membres à renouveler leur engagement politique en faveur des droits de l’homme, en vue de donner un nouvel élan à l’élimination de toutes les formes de racisme et de discrimination raciale dans nos sociétés, notamment celles qui frappent plus particulièrement les personnes d’ascendance africaine (site web officiel de l’Année)….

En effet, nous savons tous que les personnes d’ascendance africaine représentent l’une des communautés les plus pauvres et les plus marginalisées du monde. En outre, elles doivent, trop souvent, faire face au déni des droits fondamentaux, tels que l’accès aux services de qualité et de l’éducation, selon le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon. La Réunion, comme l’a montré Laurent Medéa, n’est pas une exception à la règle :

« Depuis plus de deux siècles, le groupe Kaf, composé des descendants d’esclaves et d’engagés, désigné dans le langage courant par la couleur noire de sa peau, connaît une position sociale économique et symbolique inférieure, à La Réunion. Il ressort de mes différents travaux que cette catégorie de la population se situe, en grande partie, au bas de l’échelle sociale, étant sur représentée dans les emplois peu qualifiés et sous représentée dans les emplois de cadre. Force est de constater que peu de personnes noires (d’hommes et encore moins de femmes) sont présentes aux postes de responsabilités, que ce soit dans le domaine économique ou politique à La Réunion » (In Kaf, études pluridisciplinaire, Edit. ZARLOR, Réunion, 2007).

Cette Décennie des personnes d’ascendance africaine doit être le moment opportun de mobiliser toutes les énergies, ici comme ailleurs, au service d’engagements politiques plus forts et plus durables en leurs faveurs.

Un message d’espoir, de tolérance et de dignité

Pour la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, cette Décennie internationale, ayant pour thème, Considération, Justice et Développement, « porte un message d’espoir, de tolérance, de droits de l’homme et de dignité ». Car elle vise des objectifs essentiels pour restituer leur pleine dignité aux personnes d’ascendance africaine, à savoir :

Promouvoir le respect, la protection et la réalisation de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales des personnes d’ascendance africaine, comme le prévoit la Déclaration universelle des droits de l’homme ;

Promouvoir une meilleure connaissance et un plus grand respect de la diversité du patrimoine, de la culture et de la contribution au développement des sociétés des personnes d’ascendance africaine ;

Adopter et de renforcer les cadres juridiques internationaux, régionaux et nationaux, conformément à la Déclaration et au Programme d’action de Durban et à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, et de veiller à les mettre en œuvre intégralement et effectivement.
(www.un.org/fr/events/africandescentdecade/programme).

Pour réaliser les trois objectifs visés, l’ONU a arrêté un programme d’activités qui servira de cadre pour penser des actions, des recherches et des rencontres, et ce à différents niveaux (national, régional et international). Le but est de venir à bout d’un mal qui ronge l’ensemble des sociétés.

Pour marcher vers ce but, il convient tout d’abord, comme le souligne Irina Bokova, de reconnaître la contribution inestimable de ces hommes et femmes d’ascendance africaine dans l’édification de nos sociétés contemporaines et de transformer cette reconnaissance en action de lutte contre le racisme, la discrimination raciale et l’intolérance sous toutes ses formes.

Cette Décennie internationale concerne bien évidemment toute notre région, donc notre Ile. L’esclavage, l’engagisme et le colonialisme ont laissé des traces et font encore sentir leurs effets aujourd’hui sur un certain nombre de personnes, particulièrement sur les personnes d’ascendance africaine. Cette décennie est l’occasion d’unir nos forces afin de garantir le plein exercice des droits économiques, sociaux, culturels et politiques aux personnes les plus touchées par la discrimination, la stigmatisation et la marginalisation.


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