Di sak na pou di

Présence de l’Hindouisme à la Réunion

Témoignages.re / 7 juin 2010

Un récent commentaire désobligeant dans un grand média local de la presse écrite nous invite à donner aujourd’hui quelques précisions devenues indispensables sur la présence de l’hindouisme à la Réunion...
Au delà de l’anecdote où un historien affirme médiatiquement que « les hindous ont été privés de leur religion durant 3 siècles », ce qui est contesté par un quidam anonyme, il nous a semblé intéressant de dépassionner le débat et de revenir sur la réalité historique.

La présence indienne à la Réunion, depuis quand ?

1671 : arrivée de prisonniers de guerre indiens
1678 : arrivée de 15 indo-portugaises sur le navire "Le Rossignol"
 qui furent mariées à des colons français. Dès le début de l’immigration 
indienne le métissage qui fait la force de notre ile est donc un fait.
La présence indienne est donc bien historiquement attestée depuis plus de 3 siècles.
On sait par ailleurs qu’il y a eu selon les époques de 7 à 15% d’esclaves d’origine indienne, ce qui est loin d’être négligeable dénommés "pièces d’Inde" malgré que le 20 Décembre soit appelé "la fête cafres".

Les hindous interdits de religion avant 1848

Ce n’est pas un hasard si depuis l’occupation de l’ile la grande majorité des villes réunionnaises porte le nom d’un saint. C’est qu’à l’époque, le "bon" roi catholique Louis XIV, se devait de flatter le clergé. D’ailleurs, il n’ y avait pas de séparation de l’Eglise et de l’Etat et la création de chaque ville se voyait dotée de l’arrivée d’un prêtre missionnaire chargé d’évangéliser les colons et de conduire la messe. Pas le choix de sa religion à l’époque.
De 1700 environ à l’abolition de l’esclavage, la pratique de l’hindouisme, comme de toute autre religion que le catholicisme était inconcevable : il y avait obligation pour le colon d’emmener ses esclaves à la messe sous peine d’amende. D’ailleurs, on était automatiquement baptisé sur le lieu de traite et rebaptisé lors de l’arrivée sur l’ile de peur que ce fut mal fait... en d’autres termes, il fallait renier sa religion si on en avait une...
Durant l’engagisme (1848/1882), si dans les textes, il y avait d’écrit la liberté de culte, la réalité était toute autre. Certes, c’est de cette époque que datent les premiers temples hindous et les premières pratiques cultuelles telles que fête pongol et marches sur le feu pratiquées sur les grandes exploitations. Pourtant ces pratiques sont très circonscrites à la période de la fin de la "coupe canne" de décembre alors que les colons préparent leur fête de Noel. On peut douter de l’autorisation effective et quotidienne de pratiquer sa foi dans la plupart des petites exploitations -les plus nombreuses- qui n’étaient que rarement dotées de temples. La pression de l’église catholique restait forte comme en témoigne encore aujourd’hui l’église malheureusement en ruines de "St Thomas des Indiens" qui avait pour rôle d’évangéliser en masse les nouveaux engagés...
Depuis le début du XXe siècle, si les temples tamouls comme les sites religieux d’autres confessions ont "poussé" en masse, y compris dans les cours individuelles privées, c’est bien parce que les hindous ont été privés de religion durant 3 siècles du XVIIe au XIXe siècle inclus. Pourtant là encore, il était pratiquement nécessaire d’être baptisé afin de pouvoir se marier et être enterré au cimetière... D’où la double pratique communément observée par beaucoup de pratiquants.
Certes les rituels se sont transmis, le plus souvent de père en fils, mais il a fallu attendre la 2e moitié du XXe siècle pour que la religion hindoue soit enfin acceptée. Encore que en cette fin de siècle, un prêtre saint-louisien écrivait encore au préfet de l’époque « d’interdire ces processions de sauvages qui dérangent nos offices ».
Par ailleurs toute la richesse symbolique et philosophique de cette belle religion n’a été que fort peu transmise puisque la plupart de nos engagés étaient des shudras et des intouchables qui n’avaient pas accès de par leur appartenance à cette connaissance et n’avaient même pas le droit de franchir le gopuram. Heureusement, aujourd’hui plusieurs ashrams et quelques temples diffusent aujourd’hui cette connaissance. Qu’elle apporte enfin un peu de lumière dans nos esprits et dans nos temples quotidiennement perturbés par des conflits de personnes et de pouvoirs, tel est notre voeu le plus cher !

Shiva


Kanalreunion.com