Di sak na pou di

« Protéger et transmettre aux générations futures un patrimoine naturel préservé »

Témoignages.re / 16 mai 2013

Voici une lettre de Sea Shepherd adressée au Préfet La Réunion.

Monsieur le préfet de La Réunion, vous faites état d ?un probable déséquilibre au large de la côte Ouest de La Réunion. Pourtant, l ?IRD et les scientifiques n’ont à ce jour rendu publique aucune conclusion allant dans ce sens. Dans cette « problématique requin » qui implique les citoyens réunionnais bien au-delà de la sphère de certaines associations et fédérations, il paraît surprenant que l’État renforce les mesures de pêche et donc d ?atteinte aux populations de requins sur la base d ?un « probable dérèglement » sans en apporter les preuves irréfutables.

Si l ?on peut faire état, à notre connaissance, d ?une anomalie ; c’est celle de l ?absence de requins de récifs (compétiteurs des requins-bouledogues) sur cette côte Ouest alors que les requins côtiers sont bien représentés. La responsabilité de cette absence de requins de récifs ne saurait raisonnablement être imputée aux autres espèces de requins. Les représentants du Conseil scientifique de la Réserve marine de La Réunion, mais aussi tous les observateurs avertis de ce récif vous confirmeront que ces requins de récifs ont disparu du littoral Ouest au cours des années 1970 à 90. Ils ont disparu, car les activités humaines de pêche et de chasse sur leurs proies et sur leurs propres populations les ont décimés, avec en facteur aggravant la dégradation massive de leur niche écologique (le récif frangeant de l ?Ouest réunionnais) du fait des pollutions d ?origine humaine.

Il serait regrettable que l ?État fasse dire aux études ce qu ?elles ne disent pas, simplement pour abonder dans le sens des demandes de certains lobbys partisans de l ?élimination du « problème requins » par la destruction de ces derniers. Il serait totalement inique aujourd ?hui de porter atteinte aux populations de requins côtiers en leur faisant porter la responsabilité de l ?absence de requins de récifs. L ?analyse qui consisterait à dire : « nous constatons une sur-représentation des requins-bouledogues et l ?absence de requins de récifs, alors il faut réguler les requins-bouledogues » paraît clairement comme étant un prétexte irrecevable pour légitimer la destruction d ?animaux qui vivent simplement leur existence au service des équilibres des écosystèmes et non contre eux.

Déjà depuis septembre 2012, vos services ont lancé une campagne de pêche sous couvert d ?une réévaluation de la présence de toxines ou métaux lourds, interdisant leur commerce, dans la chair de ces animaux. Pourtant, ces constats ont déjà été faits pour l ?ensemble des poissons de récifs réunionnais et, a fortiori, de ceux qui s ?en nourrissent comme les requins. Encore une fois, nous avons le sentiment que la science sert simplement de prétexte pour tuer des animaux sauvages utiles et adaptés à leur écosystème.

Aujourd ?hui, vous lancez donc l ?expérimentation d ?engins de pêches dites « drum lines » . Soyons clairs, une drum line est une palangre verticale munie d ?un ou plusieurs hameçons, c ?est une technique de pêche efficace pour la capture des requins. Les animaux piégés ainsi meurent rapidement ou attirent d’autres gros requins sur zone en devenant eux-mêmes des appâts ; et jamais son pouvoir répulsif n’a été démontré. Nul besoin d ?expérimenter ; cette technique fonctionne et elle est connue de longue date par les pêcheurs. La drum line n ?a donc rien d ?un mystère et n ?est en rien novatrice. C ?est une technique de pêche totalement incompatible avec la gestion raisonnée de la « problématique requin ». A l ?exception peu probable qu ?une surpopulation ou qu ?un déséquilibre soient clairement constatés, ce qui à ce jour n ?a pas été démontré par les scientifiques.

Monsieur le préfet de La Réunion, nous vous prions de bien vouloir rendre publiques les conclusions scientifiques prouvant l ?origine et le constat du déséquilibre sur lequel vous appuyez votre politique de pêche aux requins. Cela paraît indispensable pour que les décisions que vous prenez au nom de l ?État français ne puissent être qualifiées de partisanes et orientées.

Pour finir, nous vous rappelons que les populations de requins sont extrêmement fragiles face à la pression de pêche. Ces animaux ont une maturité sexuelle très tardive (10 ans pour le requin-bouledogue) combinée à une gestation longue. Leur fécondité reste donc très faible. La Nature fait bien les choses et contrôle ainsi naturellement les populations de ces requins, nul besoin de la main de l ?Homme qui, en matière d’intervention en milieu sauvage, n ?a souvent semé que le désordre. Aussi vous comprendrez notre grande inquiétude quant aux dernières décisions que vous avez validées pour tenter de parer à la problématique des accidents entre humains et requins.

Soyez assuré, Monsieur le Préfet de La Réunion, que Sea Shepherd continuera, avec l ?aide de toutes les bonnes volontés conscientes des enjeux, à faire scrupuleusement respecter la réglementation de la Réserve nationale marine de La Réunion devant les tribunaux français et européens. Nous n ?aurons de cesse de défendre ce qui a été — difficilement — mis en place pour protéger et transmettre aux générations futures un patrimoine naturel préservé. La prospérité future de l ?île en dépend et c ?est là l ?intérêt certain non pas de quelques-uns, mais de tous.

Sea Shepherd Réunion

Pour Sea Shepherd France


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