Di sak na pou di

Quand Paul Vergès et André Gontier se sont rencontrés…

Raymond Lauret / 19 décembre 2016

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Le 12 Janvier 1989, Paul Vergès, alors Maire du Port, et André Gontier, élu de l’opposition, signaient une déclaration où ils disaient : « Au cours de ces six années de mandat, nous avons, les uns et les autres, fait une expérience. Travail d’élaboration en commission, discussion sérieuse en séance plénière ont montré, au fil des années, qu’au-delà de la confrontation d’opinions différentes, nous étions les uns et les autres d’accord sur l’essentiel : le développement du Port… Le résultat éloquent est inscrit sur le terrain… Nous avons une grande ambition pour le Port… Celle-ci exige que chacun fournisse le maximum d’efforts dans l’intérêt général… En conséquence, nous avons décidé de nous unir sur une seule liste pour le scrutin du 12 mars prochain… ».

Cette déclaration ne put aboutir puisque Paul choisit de se présenter à Saint Paul malgré le risque d’une défaite. Mais l’essentiel reste à mes yeux la force de cette volonté exprimée par ces deux hommes qui ont eu, l’un après l’autre, la responsabilité que l’on sait.

La « rencontre » de Paul Vergès et d’André Gontier avait commencé 18 ans plus tôt, le 25 Mars 1971. Ce jour-là, Paul venait de remporter l’élection municipale. André, maire sortant, m’avait discrètement fait savoir qu’il aurait aimé s’entretenir avec son vainqueur. Quelques minutes après, Paul et moi nous étions dans son bureau. Les premiers mots d’André Gontier : « Monsieur Vergès, je suis rassuré. Je sais que vous saurez travailler pour le développement du Port ». Deux jours après, ils faisaient ensemble le tour de la commune.

Pendant ses 9 années de mandat, André Gontier a beaucoup fait pour mettre le Port sur les rails du développement. La ville lui doit les centaines de logements de la Satec, de la Sidr ou de la SHLMR, des groupes scolaires, le Stade Lambrakis, la piscine municipale, la première zone industrielle, de larges avenues, toutes réalisations arrachées au pouvoir central de l’époque au prix de bras de fer qui ne furent pas simples à gagner.

Paul, sur trois mandats, alla plus loin encore. Les hommages qui ont salué son travail témoignent d’une reconnaissance unanime. Je me bornerai à citer Monsieur Olivier Hoarau, l’actuel premier magistrat du Port : « La ville du Port perd celui qui, en sa qualité de maire de 1971 à 1989, a transformé une plaine aride en une ville moderne. L’éradication des bidonvilles, l’adduction en eau potable, le développement économique, l’action sociale, ou encore l’intercommunalité sont notamment à mettre au crédit de ses mandats successifs ».

Je ne doute pas que la municipalité, dans le cadre des initiatives qu’elle peut prendre, honorera le nom de notre camarade.

Je voudrais suggérer que, toutes sensibilités confondues, André Gontier soit lui aussi reconnu pour ce qu’il a apporté à la cité portoise.

Je n’ignore pas que les conditions de son élection le 25 mars 1962 – c’était l’époque des violences et des bourrages d’urnes décidés depuis la préfecture – font partie de l’histoire. Mais je veux partager avec tout le monde cette confidence qu’il me fit en février 1966 : « Le 25 mars 1962 restera une tache dans ma vie… ». Il avait alors les larmes aux yeux et sa voix était celle d’un homme qui souhaitait être pardonné pour ne pas avoir alors osé dire non à ceux qui lui demand
aient de succéder à Léon de Lépervanche…

Voilà pourquoi j’ai choisi, à travers cette chronique, d’évoquer la part d’engagement de celui qui nous a quittés le 25 juin 2015, à l’âge de 87 ans. Il était devenu un ami…

Raymond Lauret