Di sak na pou di

Quand un historien se lâche

Témoignages.re / 9 janvier 2010

M. Yvan Combeau vient de publier, sous le titre "L’île de la Réunion dans le XXe siècle", un ouvrage collectif qui se lit avec délectation. L’historien Gilles Gauvin y a contribué pour deux chapitres qui ont retenu mon attention. L’auteur y évoque, entre autres choses, le meurtre de M. Alexis de Villeneuve en 1946. Il le fait de deux façons différentes.

Dans sa première contribution, page 225, Gilles Gauvin se borne à écrire objectivement : "Le 25 mai 1946, Alexis de Villeneuve, candidat MRP aux législatives, est tué d’un coup de révolver". Le ton est neutre : l’historien énonce un fait, il n’accuse personne.

Dans sa deuxième contribution, en revanche, Gilles Gauvin se lâche. Page 24O il évoque « l’assassinat du chef de file MRP, Alexis de Villeneuve, par des militants communistes ». Gilles Gauvin maîtrise assez la langue française pour savoir qu’un assassinat est un meurtre par préméditation, passible à l’époque de la peine de mort. C’est donc en pleine connaissance de cause qu’il sous-entend que les assassins — qu’il désigne par un pluriel — seraient allés en plein jour, armés, sur une place publique, dans le but d’abattre un homme politique sous les yeux de milliers de personnes massées devant la Cathédrale, et en présence d’une quarantaine de gendarmes et de policiers postés rue de la Victoire. Des fous ?

Gilles Gauvin ne nomme pas les kamikazes. Il accuse anonymement et collectivement l’ensemble des "militants communistes". Son grand-père, le regretté Félix Gauvin, militant communiste bien connu à l’époque, a dû se retourner dans sa tombe !

Rappelons à l’historien que, dans cette malheureuse affaire, la Cour d’Assises de Lyon a écarté d’emblée toute idée de préméditation. Quant aux quatre militants communistes qui ont comparu devant elle, loin d’être guillotinés comme ils auraient pu l’être s’ils avaient été reconnus coupables, ils ont été acquittés purement et simplement pour deux d’entre eux, les deux autres écopant de peines correctionnelles (peines qu’on applique aux actes qualifiés de délits), au surplus assorties du sursis, et par la suite amnistiées.

 Daniel Lallemand 


Kanalreunion.com