Di sak na pou di

Quand UNE entreprise tue d’autres entreprises

Témoignages.re / 21 mai 2013

J’ai peur de comprendre pourquoi la grève de la SERMAT (Service maintenance assistance technique) perdure. Les dirigeants de l’entreprise sont assoiffés de profits et sont prêts à sacrifier l’ensemble de l’économie de notre île pour assouvir leur cupidité. Qu’un entrepreneur cherche à faire du profit, c’est normal. Plus que normal même. Hautement souhaitable. Entreprendre est un métier à haut risque qui mérite reconnaissance et rémunération. J’ai beaucoup de respect pour les entrepreneurs. Mais il faut savoir raison garder.

Si j’ai bien compris l’enjeu du conflit, il s’agit de sacrifier quelques dizaines d’emplois de gens qualifiés sur l’autel du “toujours plus” de profits en les jetant dans notre tonneau des danaïdes du chômage. A ce que je sache, cette entreprise n’est pas en difficulté. Si tel est le cas, il nous faudrait alors savoir à quel degré. Or, la transparence ne semble pas faire partie des valeurs des dirigeants. « La société ne communique pas ses comptes », telle est la réponse laconique qu’on obtient en tentant d’y voir un peu plus clair avec Internet.

Au moment où le chômage explose, que la création d’emplois ralentit, il ne semble pas urgent d’augmenter le profit d’une seule entreprise au détriment de quelques emplois qualifiés en externalisant la maintenance du matériel de l’entreprise. Un comble pour une entreprise de maintenance et d’assistance technique ! Faut-il rappeler que les gérants de stations-services, des petites entreprises qui ne roulent pas sur l’or, l’ont fort bien compris en maintenant des emplois de pompistes plutôt que d’installer des automates. Pourtant, ils y gagneraient en profit.

Dès lors, s’entêter à vouloir licencier quelques travailleurs compétents pour maximiser son profit est irresponsable. Une entreprise comme la SERMAT, qui peut facilement verrouiller l’économie de l’île, aurait tout intérêt à se doter d’une charte d’éthique. Une charte pour réaliser que son rôle n’est pas uniquement le profit à tout prix. C’est aussi un rôle social vis-à-vis des 830.000 habitants qui se trouvent pris en otages. C’est aussi un rôle économique majeur de maintien en “vie” d’un grand nombre de petites entreprises qui, elles, vont devoir minimiser leurs profits, licencier et disparaître. La SERMAT est ainsi devenue une entreprise qui “tue” une multitude d’autres entreprises. Comme une mère qui tuerait ses enfants. Incompréhensible et irresponsable. Notre île a un énorme problème d’emplois et il est indécent d’en sacrifier ne serait-ce que quelques dizaines pour pouvoir amasser, encore amasser, amasser toujours plus. Respect pour les grévistes. Profond mépris pour les preneurs d’otages.

Charles Durand
Saint-Denis – Le Brûlé


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